Pain Of Salvation, c'est le groupe
de Daniel Gildenlow. Quoi, vous ne connaissez
pas ce brave homme ? Pourtant, c'est le MEILLEUR
chanteur du monde, l'éternel torturé,
le gars qui rigole quand il se brûle. Même
les musiciens d'Anathema sont des boutes en train
à côté de lui. Il est mystérieux,
sensible, romantique et dispense de sa voix suave
des messages complexes. Donc, en deux mots, lorsqu'il
chante, ce type est ennuyeux comme la mort. Pourtant,
il n'en demeure pas moins le meilleur chanteur
du monde à égalité avec Hansi
Kursch, Russell Allen, Jorn Lande
enfin,
à égalité avec plus ou moins
tout le monde.
Alors, PoS, à l'instar de
Stratovarius, est un groupe mort. La différence,
c'est qu'ici, ce n'est pas officiel et que le
macchabée se traîne depuis une demi
douzaine d'années. La bande à Tolkki,
elle, a le mérite de faire rire la gallerie.
Pain Of Salvation, eux, ils sont sobres, presque
sinistres. Jamais d'humour, rien.
Enfin, si, des blagues, ils en font.
Leur dernière s'intitule Be.
Bon, le dernier album de PoS est
un truc original. La totale absence d'unité
ou de finalité musicale est finalement
ce qui le rend intéressant. Donc, à
défaut d'être de qualité,
ce Be est peu commun. J'en veux pour preuve le
début de l'album qui enchaîne deux
intros, un morceau aux relents médiévaux
et un troisième instrumental symphonique.
Personne n'avait jamais fait ça, Gildenlow
vous l'offre. Evidemment, c'est original mais
ça sert à rien.
En parlant de ce qui ne sert à
rien, voyons tout d'abord les intermèdes
de cet album :
Le premier, Animae Partus
est une intro totalement parlée qui est
trop longue (aucun intérêt après
la première minute). Deus Nova est
un instrumental plaisant gâché par
une voix qui répète à peu
près la même chose pendant 2 minutes,
insupportable. Pluvius est une instru symphonique
trop longue et donc répétitive.
Vocari, quatrième non-chanson fait
penser à une musique de supermarché
avec des dialogues par-dessus pendant 4 minutes.
Latericius et Omni, superbes entractes
pour aller pisser.
Il y a dans cet album un parti pris
que je trouve regrettable . Les chansons sont
trop chantées et sont suivies d'instrumentaux
plein de vide. Evidemment, j'aurais préféré
l'ajout de breaks instrumentaux (et de solo. C'est
bien les solos aussi) à l'intérieur
des chansons et l'envoie dans la corbeille de
ces intermèdes inutiles. Même du
temps où le groupe avait encore de bonnes
idées, ce type d'interlude n'était
pas son fort. Un ou deux, c'était pas forcément
indispensable mais en mettre six
Enfin, passons aux chansons qui
sont au nombre de huit puisque l'intérêt
de cet album, si intérêt il y a,
se trouve ici. On va la faire du moins intéressant
au meilleur, histoire de changer un peu.
Je me débarrasse immédiatement
de Nihil. A l'heure qu'il est, je ne me
souviens que de la batterie, horrible au demeurant.
Nauticus, un peu à
l'image de l'album, a une finalité qui
me dépasse complètement. Le gospel,
c'est sympa mais un peu long. Ensuite, ça
cause pendant 2 plombes. Il s'agit d'une sorte
de blague salace comme on en trouve des millions
sur internet. Je vous laisse découvrir
ce grand moment.
Ensuite, vient Lilium, un
morceau très compliqué et sans grande
mélodie. Ça devient agréable
à partir de la 3ème minute.
Differentia, un peu comme
Lilium, m'oblige à attendre 2 minutes
pour trouver une mélodie style Peter Gabriel.
A 4'21, le passage avec les cordes est sympa.
Puis Dea, le premier morceau
a faire réellement plaisir (septième
titre, tout de même). Encore ce côté
un peu blues gospel. Le morceau est sans doute
un peu long (10'11) surtout qu'il est presqu'uniquement
chanté. Pour ma part, j'aurais mis un solo
de gratte de 2 minutes à la fin. Mais POS
avec des solos, hein, c'est un rêve. Le
final, trop long, trop toujours pareil, finit
par fatiguer. Ah oui, 1 minute de parlotte à
la fin. Le concept, ok mais bon... Question idée
farfelue, c'est fort. Même Roger Waters,
l'inventeur de la voiture qui passe, ne fait pas
ça.
Imago, première chanson
de l'album, on ne fait pas la fine bouche après
le début tonitruant. Ambiance médiévale,
sympa.
En seconde position, Martius.
Une chanson sympathique, plus conventionnelle
avec la reprise du thème de Imago. Disons
que dans l'absolu, je préfère me
rabattre sur des chansons conventionnelles avec
à l'intérieur quelques encartades
osées plutôt qu'un album sans queue
ni tête qui joue sur l'originalité
en se disant qu'il y aura toujours quelqu'un pour
crier au génie.
Finalement, Iter est une
ballade à la One Hour By The Concrete Lake
(Piiiiilgrim, where are you going ?). Pas novateur
pour un sou mais très agréable.
Donc, voilà ce qu'il en est.
Be est souvent original, donc, mais souvent vain.
Les quelques bons passages sont rapidement noyés
par une étonante course effrénée
vers le déraisonnable. Gildenlow a cherché
à faire quelque chose. J'ai pas compris
ce qu'il voulait mais il a tenté le coup.
C'est remarquable et je le remarque. Mais l'impression
qui se dégage de cet album est que PoS
complique son art pour le faire passer pour plus
adulte et pertinent qu'il ne l'est vraiment.
Be est d'une prétention musicale
trop élevée compte tenu des réelles
capacités de Gildenlow. C'est comme si
on donnait le synthé de Jordan Rudess à
un enfant qui a fait un an de piano. Il ne saurait
pas quoi en faire. PoS, c'est pareil. Le concept
ambitieux est attirant mais le résultat,
très compliqué, se résume
à plus ou moins n'importe quoi.
Alors oui, je sais, la musique de
Pain Of Salvation ne s'adresse pas à tout
le monde. Elle se mérite. Elle demande
de multiples écoutes mais j'ose m'arrêter
à la sixième. Non, je n'irai pas
jusqu'à l'écouter 700 fois, comme
cela semble être encore une fois le cas
de tout un chacun, style " ah putain, je
comprends pas que j'aime pas cet album, pourtant
il est génial. Je vais l'écouter
encore une fois !! ". Le jour où Gildenlow
développera des mélodies, je serai
prêt à en rediscuter.
