Que peut-on réellement attendre
de Velvet Revolver ? Je pense qu'on peut se poser
la question. Les musiciens du Guns n' Roses de
1991 végètent tous plus ou moins
depuis 1991. Slash a fait du Snakepit tout juste
potable et un bon millier d'apparitions diverses
toutes plus ou moins anecdotiques. Duff s'en est
allé jouer son punk basique et composer
quelques albums post Believe In Me qui, lorsqu'ils
ne sont pas introuvables, n'ont jamais trouvé
de maison de disque. Matt Sorum, après
une participation au projet Neurotic Outsiders
(avec Duff), a quasiment disparu. Gilby Clarke,
lui, a composé encore et encore des albums
d'une bien piètre qualité dans le
seul but de partir en tournée et de taper
le buf avec ses potes. Quant à Izzy
Stradlin, il a continué, imperturbable,
à sortir ses albums de rock bien gras qui
ne sont pas restés dans les annales. Ils
ont tous le mérite, cependant, d'avoir
existé alors qu'Axl Rose, trop occupé
à se faire relifter la gueule, s'enfonçait
dans les limbes de sa folie.
Depuis quelques temps, on nous annonce
l'arrivée d'un nouveau groupe réunissant
Slash, Duff et Matt Sorum. La rumeur avait même
fait d'Izzy Stradlin le quatrième membre
du groupe. Finalement, Scott Weiland (Stone Temple
Pilot) et Dave Kushner ont pris le chant et la
guitare rythmique. D'un énigmatique The
Project, nous en sommes finalement arrivés
à Velvet Revolver, nom finalement pas si
étrange qui reprend l'arme à feu
et qui change la douceur de la rose en celle du
velours. Evidemment, avant même la sortie
de l'album, le groupe a défraillé
la chronique par l'intermédiaire de son
chanteur drogué. Ce gars là a non
seulement un look à la con mais en plus
il a un chant trop maniéré et il
se drogue. Il aurait été impossible
pour des ex-GNR de s'associer à un chanteur
normal.
Mais parlons de choses intéressantes.
Tout d'abord, musicalement, quoi de beau ? Franchement,
pas grand-chose. VR, c'est du rock avec le zeste
d'un chouïa de punk à peine perceptible
et, collé dessus, un chant pop-rock. Donc,
en résumé, VR, c'est musicalement
moyen et le chant est assez décevant.
Moi, Contraband, je l'ai écouté
pour Slash. J'aurais également aimé
que Duff chante sur un titre (un truc punk un
peu nul, comme il le fait d'habitude). Duff ne
chante pas, peu importe, je m'en passerai. Mais
Slash, dans tout ça ? Eh bien, Slash, c'est
4'35 de solos sur l'album, soit 8% de la durée
totale (oui, j'ai calculé). De là
à dire qu'il n'y a que 8% de l'album qui
est intéressant, il n'y a qu'un pas. Je
ne le franchirai cependant pas car je suis quelqu'un
de foncièrement gentil. Je me contenterai
de me débarasser immédiatement de
ce point. Slash, ses arpèges de folie et
sa pédale wah-wah durant les solos, sont
réduits à la portion congrue. J'aurais
aimé qu'il se lâche (qu'il Slash,
Ah !) mais j'ai bien peur qu'il faille désormais
ne plus demander à ce bon vieux Saul de
déboîter avec un solo de plus d'une
minute.
Tenez, en chronométrant la
durée des solos, je me suis rendu compte
d'un détail amusant. Tous les morceaux
durent entre 3'41 et 4'27 et les solos débutent
tous entre 2'00 et 2'53. Seules exceptions, deux
ballades (You Got No Right et Loving The Alien)
qui durent 5'35 et 5'48. Comme elles durent 1
minute de plus, les solos arrivent
1 minutes
plus tard. Bien joué.
Puisque les solos sont tout petits,
cachés, pas longs mais souvent bons, j'en
profite pour dire que l'album est trop chanté.
Le fait qu'il soit trop chanté est un triple
défaut.
1. Scott Weiland, je ne l'aime pas. Il est trop
gentil. Evidemment, il se drogue, dit " Motherfucker
" et " piece of shit " mais il
reste pas assez agressif.
2. Les refrains sont TOUS plutôt mauvais.
On dirait de cette infame pop anglaise qui aurait
été collée sur un accompagnement
de riffs acérés. POUAH !
3. Les lignes de chant sont souvent moisies, ce
qui donne lieu à d'horribles choses (Big
Machine par exemple).
Sinon, c'est vraiment pas méchant.
Contraband, c'est de la chansonnette qui pourrait
finir dans un bac "variété
internationale" (malédiction !) avec
quelques riffs rockeux greffés là
dessus. Bon, je ne vais pas m'étendre trois
plombes sur cet album tout ce qu'il y a de plus
anecdotique. Ce n'est pas déplorable, pas
du tout. Mais finalement, tout le monde l'écoute
uniquement parce qu'il y a des musiciens connus.
Les chansons sont dans la norme, toutes plus ou
moins les mêmes (You Got No Right, on dirait
Joanna's Chopper de Gilby Clarke. Si, je vous
jure) et j'en retiendrai particulièrement
trois ou quatre, comme toujours : Sucker Train
Blues, Spectacle, Fall To Pieces et Slither. Le
reste est en grande partie trop basique et banal
pour aller plus loin que la troisième écoute.
Par contre, si vous faites une soirée mousse,
avec vos potes rebelles de 17 ans, ça peut
marcher, en fond sonore.
Alors, s'agit-il d'un de ces groupes
probablement sans lendemain qui fera un ou deux
albums avant de se dissoudre à l'instar
de tous les autres groupes de Slash et compagnie
depuis 13 ans ? Peut être. En tous cas,
moi, j'attends toujours le deuxième album
d'Audioslave. Dieu que c'est dur d'avoir brillé
au début des années 90.
