C'est
en tremblant comme une feuille que j'ai écouté
pour la première fois cet album de Dream
Theater. Comment ne pas avoir peur d'écouter
ce Six Degrees Of Inner Turbulence ? Après
un Scenes From A Memory de grand qualité,
cet album ne pouvait être que décevant.
S'il avait été trop aventureux,
j'aurais crié au scandale. S'il avait été
une pâle copie de Metropolis Part 2, j'aurais
crié au scandale. En conclusion, j'étais
obligé de sortir du contexte, de m'imaginer
être quelqu'un d'autre dont le cursus musical
n'aurait jamais rencontré Dream Theater.
N'être ni fan, ni détracteur, voilà
une métamorphose difficile et quasi irréalisable.
Peu importe, je ne vais pas non plus me casser
la tête... oubliez ce que je viens de dire.
Cet
album commence donc par The Glass Prison et par
ce vinyle crachotant qui avait clôt Scenes
From A Memory. Ensuite, nous entrons de plein
pied dans un autre monde. Voix trafiquées,
rythmique lourde, son saturé, double grosse
caisse, chant agressif, scratch... Du scratch
? Non, j'ai du me tromper. Ensuite, on continue
dans le résolument métal avec une
pléiades d'influences diverses. Il est
indéniable que James LaBrie et sa bande
ont passé au crible tous les CD des mouvances
rock et hard des 20 dernières années.
Souvenez vous de cette vidéo que l'ont
pouvait charger sur le site de Dream Theater (celle
où Mike faisait un gros plan sur le ventre
de Britney Spears). On y voyait Mike Portnoy passer
un à un les albums qu'ils avaient utilisés
lors de la composition de Six Degrees. Il y avait
Nine Inch Nails, Sound Garden, Megadeth, Metallica,
U2, Alice In Chains, Radiohead, Rage Against The
Machine et bien d'autres. Croyez-moi ou pas, l'influence
est belle est bien présente : les effets
de gratte dans le style Steven Wilson, le refrain
à la Sound Garden de Misunderstood, les
bruitages brevetés Roger Waters, U2 dans
Goodnight Kiss, la touche Peter Gabriel dans Solitary
Sheel, le symphonique Overture qui rappelle Symphony
X ou même Rhapsody, etc... Entre ce qui
est évident et le reste qui dépendra
de l'oreille de l'auditeur, ce Six Degrees Of
Inner Turbulence est un joli condensé.
D'ailleurs, il a un son très "air du temps"
et sa rythmique relativement "moderne" ne trompera
personne. Rassurez-vous cependant, cet album n'est
pas aux antipodes de ce qu'à déjà
pu faire Dream Theater, loin de là (très
loin de là). Les passages de performance
sportive technico-solistiques (!) sont toujours
présents et les ballades sirupeuses itou
(Goodnight Kiss est d'une mièvrerie sans
commune mesure).
Seulement,
au final, cet album n'est pas aussi révolutionnaire
qu'on veut bien le croire. Une campagne promotionnelle
qui a fait ses preuves (souvenez-vous, Metropolis
part II, gardé presque secret jusqu'à
la fin) nous a fait croire que Six Degrees serait
un véritable bijou pour les oreilles, du
jamais entendu. Enregistrer un morceau de 40 minutes
aidant à faire ouvrir de grands yeux aux
fans. Seulement, à trop nous faire croire
au miracle, le résultat se devait d'être
proche de la perfection. Pour ma part, je
reste coi.
Le
premier CD est pour moi un semi-échec artistique.
Les seuls morceaux que j'ai trouvé un minimum
intéressant, oublient les instruments solistes
au profit de passages de pseudo-ambiance souvent
douteux et parfois vain. Grosse production, son
un tantinet différent mais je reste sceptique.
Et puis Jordan Rudess qui joue les figurants,
balançant des solos 100 fois entendus,
c'est dommage.
Le deuxième CD, plus
abordable que le premier, contient dans ses entrailles
le meilleur de Six Degrees. (About To Crash et
Losing Time en tête). Je n'oserais pas dire
qu'il contient les meilleures idées puisque
malgré de multiples bons passages, les
nouveautés sont infimes. Evidemment,
je pourrais écouter cet album pendant un
mois, à raison de quinze fois par jour
mais dans quel but ? Celui de l'aimer à
tout prix ? Nos amis de la radio et de la télévision,
avec leur politique du matracage-on-te-le-passe
-100-fois-jusqu'a-ce-que-tu-aimes, ne m'auront
pas, je résiste !
Dream Theater n'est donc pas tombé dans
le piège du Scenes From A Memory bis. Cependant,
dans sa recherche de nouveaux sons, DT en a un
peu oublié ce qui a fait sa force. Ici,
point de lyrisme, point de superbes envolées
de guitare, point de belles mélodies qui
ne tomberaient pas dans la pop facile.
Mais bon, Six Degrees Of Inner Turbulence reste
plus
chaleureux que Awake, moins abordable que Falling
Into Infinity, moins mélodique que Metropolis
Part 2, plus hard que Images And Words. En ce
qui me concerne, je suis moins enthousiaste
que j'avais pu l'être pour Scenes From A
Memory, car moins réceptif à cette
nouvelle approche de la musique. Six Degrees Of
Inner Turbulence contient pas mal de déchets
(quelle idée de faire deux CD aussi !!!)
pour ne pas dire trop et force est de constater
que je ne suis pas le seul à avoir cette
opinion... pour une fois. A moins que vous ne
soyez un fanatique intégriste de Dream
Theater ou que vous ayez des affinités
particulières avec le "nouveau son", vous
risquez la déception... Enfin, vous vous
ferez votre propre idée de la chose à
la fin du mois de janvier.

Si
j'avais été DT, ce que je ne
suis absolument pas (il faut tout de même
avouer que je suis en infériorité
numérique), j'aurais fait l'album suivant,
sur un seul CD :
MY
OWN DREAM THEATER
SIX
DEGREES, PART II
SCENES
FROM INNER TURBULENCE
LIVE
IN ISTRES, 30.12.2001
1.
Misunderstood + solo Petrucci
2.
Disappear
3.
Overture
4.
About To Crash
5.
Goodnight Kiss
6.
Losing Time
7.
Disappear - reprise (+ The Spirit Carries On)
Oui,
c'est un album tout petit mais il fait presque
1 heure !