Après Fireworks, le départ de Matos
et l'an 2000, le nouvel Angra a sorti son premier
album, Rebirth, en 2001. C'était l'occasion
de montrer que Raf et Kiko étaient encore
de bons guitaristes, de bons compositeurs et que
Edu n'était pas un si mauvais chanteur.
L'album était acceptable, surnoté
(par moi également) et passé le
troisième mois suivant sa sortie, il a
commencé à prendre la poussière.
Maintenant que les pires moments sont passés,
que le nouveau groupe semble solide, il est temps
de passer aux choses sérieuses.
La première chose sérieuse
que sort Angra (Hunters And Prey et le live à
Sao Paulo, c'était pas sérieux,
hein) est un concept album, exercice prisé
des progueux et sur lequel vomissent volontiers
les punks. Temple Of Shadows nous conte l'histoire
d'un croisé qui décide de décroiser.
Concept historique, donc, et religieux. Une thématique
qui n'est pas étrangère à
un certain André Matos.
Moi, je vous le dis tout de suite,
à Temple Of Shadows, je lui mets 10/10.
Ouaip ! Ici, sur Tears Of Metal, on fait comme
en fac de lettres, on brade les diplômes.
Et puis allez, soyons fou, il est meilleur que
Holy Land et Falaschi, trop fort, il enterre Matos.
Voilà, monsieur Angra, vous
êtes désormais maître es heavy
metal. Toutes mes félicitations, votre
avenir est tout tracé. Dans 20 ans, on
ne vous retrouvera peut être pas chez un
petit disquaire inconnu. Qui sait, il est même
possible qu'on parlera de vous en des termes élogieux
comme on peut encore l'entendre aujourd'hui à
propos de vieux groupes mineurs et oubliés
tels Iron Maiden ou Judas Priest. Et cela avant
même la 18ème tournée d'adieu
avec Timo Tolkki en première partie, lui
qui, âgé de 50 berges, a finalement
été contraint de terminer sa carrière
en solo, après avoir tenté en vain
de reformer Stratovarius.
Décidemment, l'avenir nous
réserve de bien belles choses.
Tout ça pour vous dire qu'à
Temple Of Shadows, je lui mets 10/10. Comme je
vous le dis. Parce que, hey ! C'est ANGRA. Quand
on est fan, on a le droit de noter comme un sagouin,
c'est la règle. Quand on est fan, on a
aucun esprit critique, aucun discernement et on
a le droit d'être de mauvaise foi. Bah si,
inutile de nier, tout le monde fait ça.
Je connais même des gens qui mettent une
note maximale à Royal Hunt et qui achètent
tous les albums de Threshold. Si ça c'est
pas une preuve !!
Bon, évidemment, un 10/10
fait un peu tâche alors, ensuite, il faut
maquiller tout ça. On baratine un peu en
donnant quatre arguments vaseux et le tour est
joué, les lecteurs penseront que vous êtes
objectif. Car sachez que le lecteur est dupe et
qu'il considère que la somme d'arguments
subjectifs donne un résultat objectif.
A partir de là, il devient facile de faire
croire qu'Evergrey n'a enregistré que des
albums géniaux. Mitonner de tels mensonges,
ce n'est pas une mince affaire, croyez-moi.
Donc voilà, afin d'être
objectif, je vous donne mes arguments justifiant
le 10/10 :
Le duo de gratteux angraien est
toujours très bon. Disons que dans le domaine
du double solo qui fit les beaux jours du Helloween
des années 80, il n'y en a pas énormément
qui peuvent rivaliser. D'autant qu'actuellement,
on a vite fait de faire un solo de guitare moisi
suivi d'un solo de synthé pourri et de
relancer ensuite sur un refrain très laid.
Si Angra n'est pas un groupe résolument
heavy (et c'est pas plus mal), ils ont le mérite
de perpétuer cette tradition. Un bémol,
cependant, quelques tiguidics malmsteeniens (Late
Redemption, Winds Of Destination, Morning Star)
qui me satisfont très peu. J'ose enlever
un demi point à l'album pour ça.
Un demi point, ce n'est pas la mort.
Ensuite, Falaschi est acceptable.
On a moins l'impression qu'il est en train de
lire la liste des courses. Lorsqu'il ne doit pas
chanter comme Matos, il n'est pas mauvais. Tant
qu'on continuera à lui composer des chansons
qui s'adressent à quelqu'un d'autre (sur
certains passages de Shadow Hunter, Late Redemption,
Sprouts Of Time ou Morning Star, c'est flagrant),
il pêchera un peu. A la fin de The Shadow
Hunter, durant le passage " with a heart,
with a mind
", c'est vraiment poussif.
Pourquoi diable essaye-t-il de monter autant et
ainsi nous montrer cette voix peu agréable
? On dirait presque LaBrie lorsqu'il tente d'imiter
Jon Anderson en live. Ça donne une infâme
voix de tête. Vous admettrez que je ne peux
pas laisser passer ça. Je pense que ça
mérite un gros demi point en moins. Pas
un point en entier parce qu'Edu s'est tout de
même bien amélioré. Gageons
qu'il finira par chanter comme lui et pas comme
Matos.
Le batteur, lui, est une machine.
Il n'est pas le seul, je vous l'accorde, mais
ce n'est pas la subtilité de son jeu qui
va l'étouffer. Il s'adonne au péché
du bûcheronage plus qu'à son tour.
Andreoli fait son job à la basse mais personne
n'a envie de lui laisser de la place, de toute
façon.
Parmi les nouveautés, il
y a une chanteuse (No Pain For The Dead, Spread
Your Fire). Evidemment, ce n'est pas original
d'avoir une chanteuse. La NWOGHM (new wave of
gonzesses heavy metal) nous assène des
groupes de ce style par dizaines pour le plus
grand plaisir des metalleux frustrés du
cul. Mais chez Angra, ça change un peu.
Il y a aussi des passages prog !
OUI, un passage prog chanté dans The Shadow
Hunter (on dirait du Yes). Quelques touches progs
dans Angels And Demons et Winds Of Destination
aussi. Ce n'est pas Flower Kings (Dieu nous en
préserve) mais je le note.
En ce qui concerne les invités,
Hansen et Kursch (le gendre idéal), sont
anecdotiques. Ils apparaissent chacun sur un titre
et cela au grand dam du concept qui n'appelle
pas d'intervention extérieure. Mais peu
importe, c'est pas méchant. Sabine Edelsbacher,
j'en ai déjà parlé.
Puisque j'y pense, il y a une chose
qui me chagrine dans cet album, ce sont les instrumentaux.
Il y en a deux que j'oublierai volontiers. Deus
Le Volt (52 secondes) et une petite intro. Gate
XIII (l'outro de 5'03 !), style musique de film,
ne mène à rien à part éventuellement
les reprises de thème et le final avec
le violoncelle. Oui, c'est beau comme du Howard
Shore mais bon
je pense qu'il y avait quelque
chose à faire de ce côté là.
Hop, un demi point en moins.
Oui, également, il y a un
effort pour équilibrer l'album et ne pas
commettre un 1 intro, 4 morceaux speed, 1 ballade,
3 morceaux speed, 1 morceau épique comme
le font beaucoup trop d'autres groupes. Notons
le.
Finalement, globalement et pour
conclure, je constate qu'il n'y a pas réellement
de chansons faibles dans cet album (malgré
quelques unes un peu soupesques, style No Pain
For The Dead). S'il y en a pas de faibles, c'est
également et malheureusement parce qu'il
y en a pas non plus de vraiment excellentes. Chaque
titre a son petit quelque chose de sympa : le
refrain de tel morceau, le solo de tel autre,
les violons sur un autre, etc. Mais aussi son
petit quelque chose de pas sympa. Au final, ce
n'est pas très bon. C'est juste bon. Il
manque des digressions extravagantes, de la grandiloquence,
du n'importe quoi. Quand on est trop sage, on
perd un demi point.
Angra est devenu un groupe conventionnel.
Ce qui faisait la qualité de Holy Land,
c'était de mélanger du métal
symphonique avec des influences brésiliennes
ou bien que ce mélange là était
novateur en 1996 ? Dans un autre domaine,
le prog des années 70, c'était bon
parce qu'il y avait des breaks et des envolées
de mellotron ou bien parce que c'était
novateur en 1972 ? Je pense que beaucoup
devraient vraiment se poser ce genre de question.
Ce point faible non négligeable
de Temple Of Shadows (et ne le négligeons
pas, que diable) est qu'il y a énormément
de redites, de petits détails qui font
penser à des anciennes compos (l'intro
de Temple Of Hate fait penser à celle de
Mystery Machine, le refrain à celui de
Queen Of The Night, il y a du Freedom Call dans
Shadow Hunter, le solo de tel titre fait penser
à tel autre etc.). De ce fait, si la première
moitié de l'album est pour le moins agréable
(mais proche des anciens albums), la seconde est
un peu redondante (car proche de la première
moitié de l'album et donc des précédents).
Pour ma part, j'aime bien que les
groupes fassent toujours la même chose mais
sans jamais se répéter. Il y a les
tics, la marque de fabrique et il y a se copier.
Ce que je veux, c'est ne pas retrouver les mêmes
phrases musicales, les mêmes lignes de chant,
les mêmes montées de manche, les
mêmes breaks Ce n'est pas facile de se renouveler
sans changer radicalement de style mais je me
demande si une part du talent d'un compositeur
ne se trouve finalement pas là. Du coup,
j'enlève encore un point à l'album,
ça s'impose.
Alors, évidemment, la musique
d'Angra reste supérieure à 70% (80%
?) de la production actuelle speed mélo
et assimilé. Mais je ne peux m'empêcher
d'avoir l'impression de perdre quelque chose.
Holy Land n'était pas Angels Cry. Fireworks
n'était pas Holy Land. Rebirth
c'était
un mélange plus ou moins heureux des précédents
albums. Temple Of Shadows reprend la même
idée qui revient à reprendre les
mêmes idées. C'est bien fait, on
le fredonne quand on va au Quick mais l'entreprise
manque de fraîcheur, comme le dernier Rhapsody.
Ceci dit, l'album décroche
tout de même un 10
oh, attendez
un demi + un demi, encore un demi et un demi +
un point
ah oui, 7/10. Je me disais, aussi.
