Adagio est un peu pour moi un groupe piège
au même titre que Ark ou Angra post-Matos
(les groupes en A ?). Le premier album du groupe,
Sanctus Ignis, avait obtenu 7/10 sans pour autant
me satisfaire pleinement. Idem pour Rebirth et
Burn The Sun. Ces albums sont de ceux qui ne contiennent
que des chansons sympas mais finalement peu ou
pas de titres qui sont vraiment excellents. Je
m'aperçois d'ailleurs que ces trois albums,
je ne les écoute jamais, leur préférant
bien souvent de " petits " 6/10 qui
sont moins constants dans la qualité mais
qui viennent davantage me chercher dans ma tannière.
D'ailleurs, lorsque je suis allé voir Adagio
en concert en février dernier, j'ai été
obligé de sortir mon Sanctus Ignis de sous
deux doigts de poussière pour me remettre
les morceaux en tête.
Je pense que cet Underworld ne déroge
pas à la règle. Ici, rien ne me
déplait mais peu de choses m'enchantent
vraiment si ce ne sont quelques
passages de haute volée du duo de choc
Forte/Codfert.
Les " chansons " d'Adagio n'en sont
plus vraiment. Avec ses nouvelles compos, Forte
s'éloigne de la construction relativement
conventionelle du premier album du groupe (et
de bien des albums de bien des groupes). Ce virage
se manifeste par des intros plus longues (Introtuis
et son intro de 2'41 ou encore Underworld et ses
4'54) et des morceaux qui sont très instrumentaux
et finalement peu chantés par David Readman.
Cela dit, et j'en ai été le premier
étonné, Underworld est davantage
chanté que Sanctus Ignis. J'aurais parié
mon caleçon que le dernier album d'Adagio
était 1/3 chanté et 2/3 joué
alors que sur le premier album, c'était
du 50/50.
Grossière erreur et j'en veux pour preuve
les tableaux suivants :
Underworld :
| |
David Readman |
Instruments |
Durée totale |
| Next Profundis |
2'15 |
5'24 |
7'39 |
| Introitus |
3'19 |
4'55 |
8'14 |
| Chosen |
4'28 |
3'24 |
7'52 |
| From My Sleep... |
2'56 |
3'41 |
6'37 |
| Underworld |
4'02 |
9'23 |
13'25 |
| Promises |
3'05 |
1'58 |
5'03 |
| The Mirror Stage |
3'14 |
3'17 |
6'31 |
| Nilfheim |
|
8'09 |
8'09 |
| Total |
23'19 |
40'11 |
63'30 |
| Pourcentage |
36.7% |
63.3% |
|
Sanctus Ignis :
| |
David Readman |
Instruments |
Durée totale |
| Second Sight |
3'08 |
2'59 |
6'07 |
| The Inner Road |
3'29 |
2'18 |
5'47 |
| In Nomine |
2'07 |
2'58 |
5'05 |
| The Stringless Violin |
2'43 |
4'19 |
7'02 |
| Seven Lands Of Sin |
4'08 |
7'34 |
11'42 |
| Order Of Enlil |
|
4'21 |
4'21 |
| Snactus Ignis |
2'23 |
1'46 |
4'09 |
| Panem et Circenses |
1'35 |
3'49 |
5'24 |
| Immigrant Song |
|
4'55 |
4'55 |
| Total |
19'33 |
34'59 |
54'32 |
| Pourcentage |
35.8% |
64.2% |
|
Sanctus Ignis est donc plus instrumental,
ce qui m'ôte un argument. Cette impression
tenace d'un Underworld très instrumental
vient de la longueur de ses morceaux. En ôtant
les extrêmes, nous avons un Sanctus Ignis
qui navigue entre 4'21 et 7'02 alors qu'Underworld
se situe entre 6'31 et 8'14. Constatation encore
plus simple, alors que Sanctus Ignis faisait 54'36
pour 9 titres, Underworld dure 63'30 pour 8 titres.
Les morceaux d'Underworld étant plus longs
et la place réservée au chant restant
le même, on a l'impression que les parties
instrumentales prennent plus de place et que l'album
est donc bien plus instrumental. Bon, en voilà
terminé avec cette démonstration
relativement inutile qui m'a tout de même
donné l'occasion de rendre bancal mon premier
reproche. Tout ce temps perdu pour me contredire,
faut le faire.
Cela dit, que l'album soit instrumental,
en soi, ce n'est pas forcément gênant
car la qualité d'Underworld se trouve là.
Il n'est pas conventionnel et il donne la part
belle à ses musiciens sur la moitié
des titres, le trois quart, l'ensemble, sur tout.
Fatalement, on a pas l'impression d'écouter
le dix-huitième clone grabataire de Helloween
et ça, croyez-moi, ça fait du bien.
Il y a des orchestrations à tout va, du
baroque à la pelle, des arrangements de
partout et un déluge permanent de notes.
Seulement voilà, Underworld
devient par conséquent bien compliqué.
Trop de changements de rythmes, trop d'interventions
diverses (surtout venant du piano). Où
se trouve le point faible me direz-vous ? Nulle
part pour les adeptes de la complexité.
Cependant, pour moi, il y en a un. J'y trouve
une perte de l'unité musicale et un décalage
de la perception de chaque partie (hein ?). Je
m'explique. Changer de rythme, changer les mélodies,
intervenir sans cesse pour remettre en cause ce
qui a été dit juste avant, ça
ôte l'évidence de la musique.
Voilà, je pense que là,
j'ai trouvé une formule qui me parait correcte
pour résumer la totalité de ma chronique
: Underworld n'est pas un album évident.
Il n'y a rien qui attire immédiatement
l'oreille pour qui n'est pas un adepte de la complicité
alambiquée des instruments à cordes.
Après l'écoute d'Underworld,
on a l'impression de s'être passé
l'album de virtuoses qui n'ont pas osé
faire un cd entièrement instrumental. Il
s'agit souvent d'une guitare et d'un piano qui
se répondent et Readman en est réduit
à des lignes de chant pas fantastiques.
On se retrouve à mi chemin entre la performance
sportive et la surenchère technique (ce
qui, en y réfléchissant bien, est
plus ou moins la même chose) et le chant
est délaissé avec des mélodies
peu enclines à m'émouvoir, toutes
assez proches et rappelant un peu trop l'album
précédent.
Au final, Underworld est un album
bourré de belles envolées classiques
mais reste un projet nébuleux qui mangue
d'allégresse et de naturel. Il s'agit d'un
album un chouïa trop emphatique et un chouïa
trop porté sur les instruments composé
par des musiciens qui ont un chouïa voulu
trop bien faire.
