9 heures 
avec Biomech race
L'inédit, Montpellier
13 janvier 2001


Avant propos
Introduction
Première Partie : Lorsque le chroniqueur arrive (c’est moi !)
Deuxième Partie : Lorsque les sapins de Noël clignotent
Troisième Partie : Lorsque les claviers se cassent
Quatrième Partie : Lorsque le sandwich est gratuit
Cinquième Partie : Lorsque le manager arrive
Sixième Partie : Lorsque vient mon heure de gloire
Septième Partie : Lorsque Biomech Race joue
Huitième Partie : Lorsque les montpelliéraines dévoilent leur corps de rêve
Neuvième Partie : Lorsque tombe le résultat

STARRING :
Dans les rôles principaux et par ordre d'apparition à la page (hors dédicace)
Seb ... Guitariste
Vinny ... Guitariste
Kévin ... Claviériste
Elodie ... Membre du fan club de Kévin
Pascal ... Batteur
Vince ... Chanteur
Anny... Membre du fan club de Vince
Nicole ... Groupie
Jean-Luc ... Manager
Oncle Alain ... Oncle Alain

Guest Star :

Mathieu ... Chroniqueur

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Si jamais le prénom d'Anny s'avére mal orthographié, je décline toute responsabilité et d'ailleurs, je suis déjà parti en Argentine en tant que réfugié politique. Alors, n'essayez même pas de me retrouver, c'est trop tard. Ah, je vous ai bien eu ! Et puis de toute façon, c'est la faute de Nicole, c'est pas moi...
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Je dédie les lignes qui suivent à tous les membres de la biomechanical race et plus particulièrement à Alain, Kévin, Pascal, Seb, Vince et Vinny (par ordre alphabétique). J’espère que ça vous rappellera de bons souvenirs…

Avant propos
Istres, chez moi, 28 janvier 2001 à 14h43…

Le compte-rendu de concert que vous êtes en train de lire et que vous appréciez d’ores et déjà à sa juste valeur n’est pas un compte-rendu au sens conventionnel du mot. Comprenez par là qu’à l’instar de certains journalistes de la presse dite spécialisée, je ne vais pas vous balancer des phrases qui sortent directement du bouquin « comment faire un bon compte-rendu en 230 mots » et ensuite me passer à fond un cd de true métal en pensant à autre chose. Non, je pourrais le faire mais je m’en passerai. Pas parce que j’ai oublié de lire le livre précédemment cité mais juste parce que ce n’est pas le but recherché. Et quel est ce but vous demandez-vous avec une pointe d’impatience ? Eh bien ce but et de retranscrire par écrit une soirée et une partie de la nuit passée avec les membres du groupe Biomech Race et d’imprégner chaque mot d’une ambiance. En bref, je veux que chacune de mes phrases suinte un état d’esprit, à la fois humoristique et chaleureux et que le lecteur sente en permanence le plaisir que peut réellement procurer ce type de soirée qui n’est au final que la simple rencontre d’une poignée de passionnées. Sachez que j’ai essayé au maximum de me trouver partout à la fois, assistant à tous les événements important en essayant de ne jamais interférer plus que je ne le devais. Je m'excuse à l'avance auprès de ceux qui seront le moins cités, je n'ai pas réussi à me multiplier. J’espère que mon fidèle lectorat comprendra qu’un concert n’est rien d’autre qu’un microcosme, un ensemble à la fois soudé et hétéroclite et que l’important est, avouons le, que cette soirée fut avant tout une aventure humaine plus que… J’en fais trop ? D’accord, passons…

Introduction
Montpellier, Rue Verdun, 13h40...

Pour rencontrer un groupe de métal, qu'il soit progressif, romantique, mélancolique, oecuménique, subatomique, céramique et j'en passe, il faut une préparation toute particulière. En ce qui me concerne, j'ai décidé d'aller voir le vrai-faux documentaire Spinal Tap, l'un de mes films cultes, lors de sa ressortie en salle (ressortie étant un bien grand mot car ce film n'était tout simplement jamais sortie en France). Et j'avoue que ce film est toujours aussi drôle, sortant à un rythme endiablé tous les clichés du métal de façon plus ou moins hilarante. Quel est le rapport avec Biomech Race me demandez-vous ? Aucun vous réponds-je (éponge, ah ! ah !). Seulement, si je n'ai pas le droit à quelques digressions sur mon propre site internet, à quoi bon être son propre patron, son propre chroniqueur, son propre traducteur, son propre rédacteur, voire monsieur propre, si je venais à me raser le crâne, hein ? Bon, alors, laissez moi dire ce que je veux. Et je disais, avant que vous ne veniez m’interrompre avec une rare impolitesse, que j'avais vu Spinal Tap et que c'était bien... Non, en fait, j'avais terminé.

Première partie
Montpellier, Rue Chaptal, 15h47...

C'est avec le sourire aux lèvres que je m'engage dans la rue Chaptal, longeant une route surchargée où des milliers de voitures se pressent sur quelques mètres carrés. Non, décidément, on vit dans un drôle de monde. Tenez, par exemple, il n’est pas rare de rencontrer des gens qui ne connaissent pas du tout sir Hans Adolf Krebs. Comme je vous le dis, de nos jours, on ne sait plus ce qui est important. Le sourire aux lèvres, donc, j’erre sans but dans un univers d’incompréhension et me dirige vers l’Inédit, piano bar qui accueille ce soir la biomechanical race dans toute sa splendeur, car ils sont tous très beaux, sans exception aucune, de vraies gravures de mode. Regardez, par exemple, Michael Romeo est gros. Timo Tolkki est gros. David Gilmour est gros. Carlos est gros aussi mais lui, il porte une chemise à fleurs et ne sait pas jouer de la guitare. Alors que Seb et Vinny sont d’une rare beauté. Donc, vous, beaux brins de filles que vous êtes, aux formes voluptueuses et au charme fou, venez donc en masse admirer les corps d’athlètes de ces deux apollons, passant leurs doigts d’experts sur les cordes de leurs guitares comme sur la peau satinée d’une donzelle surexcitée, prête à arracher ses vêtements en un gloussement de plaisir… mais qu’est ce que je raconte ?? Bon, reprenons… d’une démarche feutrée je m’approche, sourire aux lèvres pour m’arrêter devant l’Inédit. Mes yeux perçants entrent alors en lice et se mettent à pivoter sur leur axe à l’instar d’une caméra lors d’un panoramique. Et ceci, à la recherche d’un membre du groupe, me basant sur quelques photos étudiées à la loupe sur internet. Malheureusement, les photos susdites s’avèreront aussi trompeuses qu’un portrait robot que j’exécuterais moi même au fusain et qui ferait ressembler Bon Jovi à Rob Zombie. Ainsi, Kévin me passe sous le nez et malgré une imperceptible hésitation de ma part, je décide qu’il ne peut en aucun cas s’agir du claviériste de Biomech Race car ce dernier est tout petit et très laid. Enfin, tout du moins, c’était l’impression que j’avais aux vues des photos auxquelles je faisais allusion ci dessus, quelque part plus haut. En définitive, Kévin, comme tous les autres Biomech Race, est bel et bien sorti du crâne de Zeus, paré de son armure dorée et coiffé de son casque rigolo. Mais trêve de plaisanteries puisque Elodie, à la recherche d’une cigarette, vient me chercher, me signifiant que les membres de Biomech Race se trouvent à l’intérieur. Prenant mon courage à une main et la poignée de la porte dans l’autre (oui, car si je prends mon courage à deux mains, comment voulez-vous que j’entre… il faut parfois faire preuve de logique), j’entre, mon blouson flottant derrière moi comme la cape d’un conquistador espagnol. Assis en cercle à l’instar des chevaliers de la table ronde, les musiciens de Biomech Race prêtent serment de fidélité au roi Arthur incarné par un gentil monsieur portant des lunettes et responsable du concours emergenza rock ainsi que président d’un groupuscule du style Hard Rock 34. Quoi que je me permette d’émettre un doute à ce sujet, connaissant personnellement le président du club Hard Rock 34 et il s’agit d’une femme, donc… (et d’ailleurs, c’est grâce à elle que Symphony X est passé à Montpellier alors, merci Nanou !) Et là, fidèle à moi-même, j’entre dans la discussion comme un renard dans un poulailler et m’installe à mon aise après une brève présentation circulaire des musiciens. Entrant dans une conversation et en ignorant totalement les tenants et les aboutissants, je me vis bien dépourvu lorsque la bise fut venue. Quant au sujet traité, il concerne les morceaux joués. Quelles chansons, dans quel ordre, pourquoi, quand, comment ? Questions d’une rare pertinence car le temps qui est imparti à Biomech Race est indigne de leur rang et même moi, venant à donner un concert à la flûte à bec, je demanderais au moins cinq minutes de plus, c’est vous dire ! Sur ce, le débat se termine et je propose d’aider Kévin à transporter son matériel. Proposition qu’il accepte avec le sourire, me donnant une paire de pieds que je transporte avec grâce jusqu’à la salle où se déroulera le concert dans quelques heures.

Deuxième partie
Montpellier, L’Inédit, 16h17…

Le matériel est entassé devant la scène alors qu’approche l’heure de la balance (le premier qui me parle de délation et de mouchard, je lui réponds qu’il faut être stupide pour faire des jeux de mots aussi déplorables). Vinny me montre sa guitare futuriste sur laquelle il a fait toute sorte de rajouts, Kévin monte ses claviers, Seb révise en compagnie de David. Quant à Alain, à l’écart, il joue de sa basse comme possédé, avec une concentration sans commune mesure. Et le second fan de Biomech Race (l'autre étant moi) en la personne d’Elodie, s’affale dans un fauteuil, attendant probablement que la balance balance. Le groupe monte bientôt sur scène et il faut bien avouer que ça n’a pas été une partie de plaisir. Vince et Seb ne peuvent pas ajouter du matos (André ?) à leur guise, Kévin se démène comme il peut pour régler ses claviers, mettant à contribution une bande de roadies brillant tellement par leur incompétence, que je m'attendais d’une seconde à l’autre, à les voir briller dans la pénombre comme des sapins de Noël. Quant à Vinny, il est comme un poisson dans l’eau puisque le son de sa guitare survole l'ensemble qui s'approche d'une étrange bouillie sonore. Le morceau d’essai gicle bientôt des baffles, il s’agit de Don’t Leave Me Alone. Le groupe sonne plutôt bien même si la gratte de Seb est aussi présente qu’une fraise dans un sandwich au poulet. Mais l’ingénieur du son, sympathique comme un gardien de prison turc, leur fait signe de déguerpir au plus vite car son planning est serré. Les Biomech Race sortent ainsi la tête plus ou moins haute, transportant leur matériel dans un cagibi infâme où devaient grouiller d’innombrables rats, j’en suis sûr. Alain m’avouera plus tard qu’il n’est pas très satisfait de leur son et cet avis était probablement partagé par le reste du groupe

Troisième partie
Montpellier, L’Inédit, 18h05…

Vous êtes en droit de vous demander ce qu’il a bien pu se passer entre le moment où le groupe est descendu de la scène et 18h05. Je m’autoriserais à vous répondre que je n’en ai pas la moindre idée. Je me suis probablement endormi dans un coin, rêvant de célébrité, du prix Goncourt et d’un e-mail d’André Matos dans ma boîte aux lettres. Toujours est-il qu’à 18h05 est intervenu le premier coup de théâtre de cette soirée qui s’annonçait palpitante au plus haut point. Mais sautons plutôt une ligne et passons à un format plus classique.

Assis dans un fauteuil plus moelleux qu’une galette fourrée à la marmelade d’orange, j’écoutais gaiement un groupe de pop, proposant à mes oreilles exercées un style un peu fade et un tantinet commercial. Lorsque soudain, Vinny s’approcha de moi, le bouc parfaitement taillé et les traits tirés par l’inquiétude.
- Kévin n’a pas de chance, me dit-il avec une voix empreinte d’anxiété et de désarroi.
- Certes, répondis-je avec force politesse.
- Il a cassé une touche d’un de ses claviers.
- Enfer et damnation !
Je me redressais comme si on m’avait piqué l’arrière train avec une aiguille à coudre. Vinny semblait désemparé et me regardait comme s’il attendait de moi un miracle. J’essuyais alors mon front dégoulinant de sueur d’un revers de manche et jetais un regard scrutateur vers le cagibi. De ce dernier, infesté de rats probablement en train de s’aiguiser les canines sur une carcasse faisandée, sorti Kévin, tenant dans ses bras l’animal blessé.
- Miséricorde ! M’écriais-je à nouveau lorsque je vis cette maudite touche qui n’était pas à sa place.
- Nous ne pouvons pas le laisser ainsi, dit Kévin.
- Non, partez… laissez moi mourir, bredouilla le synthé avant d’être coupé par une quinte de toux. Sauvez votre peau les gars, vous ne pouvez plus rien faire pour moi…
Vinny baissa alors la tête et je vis sur sa joue briller une larme.
- Il y a un magasin de musique au coin de la rue, s’écria soudain Kévin dans un élan d’espoir.
Vinny se redressa soudain et son visage s’illumina comme frappé d’un rayon de soleil.
- Très bien, dis-je, allons-y.
J’ouvris la route, suivi de Vinny qui avait recruté Elodie pour l’occasion. Nous sortîmes de l’Inédit alors que Kévin, en retrait, demandait un dernier renseignement au colonel. Le petit détachement que nous formions s’engouffra bientôt dans la jungle épaisse. Le stress était si fort que mes nerfs faillirent lâcher mais je tins bon. Devant moi, Elodie menait le groupe, suivie de Vinny et Kévin qui voyait déjà son protégé trépasser dans ses bras. Nous rallièrent bientôt le premier poste avancé dans lequel nous entrâmes. Vinny s’émerveilla un instant sur les objets présents en ce lieu puis, des renseignements indispensables en poche, nous reprîmes notre chemin dans la moiteur de la nuit. L’énervement commençait à se faire sentir lorsque notre groupe arriva à destination. Nous nous engouffrâmes dans le magasin de musique et notre sauveur fondit sur nous tel un prédateur affamé. Fringuant comme un présentateur télé, il portait un bouc du plus bel effet qui le rendait fort sympathique.
- Oui, bonsoir, que puis-je faire pour vous ? Dit-il sur un ton enjoué.
- Regardez, fit Kévin en tendant les bras. Vous croyez qu’il va s’en sortir ?
- Bleeuueeh ! Reeueargh ! Cracha le synthé en un long râle d’agonie.
- Oh ! S’exclama le réparateur. Vite, il faut le brancher.
Kévin posa le blessé avec délicatesse et nous le regardâmes tous comme s’il vivait ses dernières minutes.
- Allez-y, dit le réparateur. Appuyez sur une touche.
D’une main tremblante, Kévin posa un doigt sur le clavier qui lui rendit un son cristallin. Il y avait encore un espoir.
- Il faut l’opérer, dit le réparateur en jetant à Kévin un regard sévère.
- Oh ! M’écriais-je en posant ma main sur ma bouche. Il va souffrir ?
- Non ! S’exclama le réparateur. Ne vous inquiétez pas, je suis un professionnel.
Il agrippa alors la touche défectueuse et commença à y infliger une forte pression. C'était tout juste s'il ne poussait pas un cri bestial à l'instar d'un metalleux moribond qui aurait égaré sa canette de bière. Sur le point de s’évanouir, Vinny se vit contraint de détourner le regard et pour ne pas perdre la face, fit semblant de chercher quelque chose dans le magasin. Kévin observait l’opération avec le regard d’un père, inquiet mais sachant qu’il ne pouvait en être autrement. Quant à Elodie, les yeux embuées de larmes, elle suivait la scène avec une anxiété non dissimulée.
- Han ! Fit le réparateur en tentant encore une fois la même manœuvre.
Soudain, dans une dernière poussée d’une rare violence, la touche cassée se remit en place. Le réparateur se redressa, transpirant des pieds à la tête et son exploit fut accueilli par une salve d’applaudissements.
- Bravo ! Dis-je.
- Merci, fit Kévin en lui tapotant amicalement l’épaule.
- Félicitations ! S’exclama Elodie.
- Vous le vendez combien le truc, là ? Demanda Vinny en montrant du doigt un objet non identifié.

Finalement, tout est bien qui finit bien, rira bien qui rira le dernier et tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse. Nous retournons tous les quatre à l’Inédit alors que la faim nous guète comme un animal rusé.

Quatrième partie
Montpellier, L’Inédit, 19h24…

L’épisode des sandwiches a probablement était l’un des plus épiques de cette soirée même si j’avoue que tous les épisodes ont été épiques. A été atteint à ce moment un tel niveau d’absurdité que je me devais d’y consacrer toute une partie. Il était donc sept heures et des poussières lorsque Pascal me proposa d’aller casser la croûte. Hésitant tout d’abord car n’ayant pas forcément une faim de loup, j’acceptais finalement par désir de convivialité car il n’y a rien de plus plaisant qu’un repas convivial où les discussions se font avec entrain et gaieté. Nous allons donc dans la sandwicherie, qui jouxterait l’Inédit s’ils n’étaient pas séparés par dix bons mètres, et commandons à un individu fort sympathique des sandwiches car il aurait été étonnant de manger autre chose dans une sandwicherie. La télé passe le match Tunisie-Maroc que Pascal apprécie du coin de l’œil. La nourriture commandée, nous nous installons à cinq autour d’une table. J’opte pour une extrémité, histoire d’avoir une vue d’ensemble et aussi parce que toutes les places sont prises. Et c’est à cet instant que tout semble se dérégler dans l’esprit collectif. J’ignorais pour ma part qu’il était possible de parler de sandwiches gratuits comme l’ont fait Kévin et Vinny et de ne pas s’en sortir pendant un quart d’heure. Personne ne sait qui a mangé quoi, qui va bénéficier du sandwich gratuit et tout ceci dans le plus grand des sérieux. Elodie semble désespérée par la situation et embraye intelligemment sur un sujet qui me fait encore sourire. Tous, les uns après les autres, me racontent alors une anecdote sur Vinny (qui est pour l’instant le principal ressort comique de ce compte rendu) selon laquelle il se serait enfuit de l’hôpital alors qu’il devait être opéré. Une sombre histoire de dent suivit puis j’imaginais Vinny prenant ses jambes à son coup, poursuivi par une bande de docteurs en blouse dans tout l’hôpital. Très drôle ! Arrive alors le reste de la troupe. Joyeux, ils s’installent à leur tour et entrent dans la discussion. On remet une couche de sandwich gratuit, Vinny étant persuadé qu’il lui revient de droit mais Kévin osant émettre à nouveau un doute à ce sujet. Puis on enchaîne avec des digressions musicales sur Steve Vaï et sa tenue de scène lumineuse, sur le meilleur guitariste du monde (qui reste encore inconnu deux mois plus tard), sur Devin Townsend, Van Halen et j’en passe. Anny nous indique même la prononciation exacte d’Yngwie qui donne à peu près ceci : ingvaaeeueh ! En le prononçant, Seb et Vinny manquent de lâcher un glaviot infâme. Finalement Vinny précise qu’en France, on dit ingoui et Seb se laisse aller à une bonne blague : Pingwie Malmsteen. Un jeu de mots qui, bien que semblant idiot au premier abord, s’avère des plus drôles puisqu’il m’arrive encore de l’utiliser aujourd’hui. Alain arrive alors, des bières plein les poches et la mèche rebelle baladeuse. Les discussions vont bon train puis quelques instants plus tard, Alain et moi sortons. Alors qu’il essaye d'entrer, l’air de rien, dans l’Inédit, le monsieur à lunettes (et au demeurant fort sympathique) lui dit qu’il n’est pas question qu’il entre avec de la bière. Mais qu’à cela ne tienne, Alain ira boire ailleurs et c’est ce qu’il fait, traînant dans son sillage Vinny et Vince (Je tiens à préciser que je me trompe peut être de personnes. Donc, si Vinny et Vince n’étaient pas du groupe, qu’ils m’envoient un message accompagné d’un chèque de 1255 francs libellé à mon nom et je verrais ce que je peux faire). Quant à Kévin, il reste gentiment là car, aux dires d’Elodie, il n’est pas comme eux. En ce qui concerne Seb et Pascal, ils sont déjà à l’intérieur. Et moi, je ne sais trop où aller, je cherche mon chemin, c’est ma vie, c’est mon destin. Et le jour, la nuit, avec mes deux meilleurs amis, à bord du grand condor, je recherche les cité d’or… AaaahAhahAhaha ! Esteban, Zia, Tao les cités d’ooooor… etc…

Cinquième partie
Montpellier, L’Inédit, 20h06…

Comme j'entre dans l'Inédit, je croise Elodie, tête baissée, avec le visage baigné de tristesse comme un personnage issu d'un roman de Yasunari Kawabata ou bien d'Eiji Yoshikawa. Allez savoir, tous ces écrivains japonais sont si forts. Vous savez, cette beauté formelle à la fois irréelle et matérielle. La quintessence de la pureté du Japon dans un corps de femme... "une estampe grandeur nature où le décors majestueux n'a d'égale que la beauté empreinte de magnificence des jeunes japonaises en tenues folkloriques" (je m'autorise à me citer moi-même. Et comme je vois bien que vous n'avez jamais mis les pieds sur ma page consacrée à Kawabata,  je vous propose gentiment d'y jeter un oeil en cliquant sur le lien un peu plus haut) Elodie sort donc d'un nuage de fumée de cigarettes avec la grâce d’une Maggie Cheung dans un plan au ralenti de Wong Kar-Wai (Je fais allusion à In The Mood For Love. Si jamais j’ai un lecteur cinéphile, il comprendra). Moi, plus étonné que Théodore Géricault dans une exposition d’art contemporain, je lui demande d’où lui vient ce chagrin. Et elle de me répondre qu’on lui a instamment demandé de sortir car on l’a jugée mal venue dans l’antre des métalleux où seuls les badges peuvent rester. Elodie n’oubliant pas de préciser la haine féroce qu’elle voue dès à présent à Pascal qui a été surpris pouffant de rire alors qu’elle se faisait expulser comme une mal propre (Pascal aura le droit de se défendre quelques lignes plus tard, ne soyez-pas impatient). Mais à cet instant, Kévin arrive tel le messie, et nous pousse à l’intérieur où une table chaleureuse nous tend les bras. Elodie, Kévin et moi y prenons place et Kévin a juste le temps de me parler des fausses notes de Vinny avant qu’il ne bondisse de sa chaise, laissant sa place à Pascal, son badge Biomech Race flottant comme la voile d’un brigantin. Elodie profite donc de l’occasion pour mettre au clair le problème qui avait fait d’elle l’héroïne d’un bouquin asiatique. Pascal nie car après tout, qu’aurait pu lui apporter un départ d’Elodie au point de le faire pouffer de rire ? Personne ne le sait et c’est ainsi que d’une tape amicale, Pascal règle tous les problèmes. Soudain, la porte de l’Inédit s’ouvre, laissant s’engouffrer à l’intérieur un froid glacial. Nicole entre avec une poignée de fanatiques de la biomechanical race qui n’auraient raté cette soirée pour rien au monde. Tout ce petit monde se salue dans une ambiance festive fort plaisante alors que quelques punks tout droit sortis du début des années 80 se pressent devant l'inédit, coupes iroquois et colliers de chiens à l'appuie. Oncle Alain les regarde alors d'un air suspicieux avant de me lancer avec un sourire en coin "J'appelle ça un passage clouté" et moi de lui répondre "Oui mais il ne vaut mieux pas lui marcher dessus". Kévin repasse alors par là, se demandant s’il ne pourrait pas installer ses claviers avant que le groupe précédent ne soit descendu de scène. Les négociations sont en route et je n'y fais guère attention. Enfin, le public étant arrivé, il ne reste plus qu’au groupe de jouer alors, allons-y.

Sixième partie
Montpellier, L’Inédit, 20h34…

Le monsieur à lunettes qui était fort sympathique tout à l’heure monte sur la scène avec ses petits papiers et s’accapare le micro tandis que Vince et Seb passent dans ses pattes pour brancher une demi-douzaine de câbles. La présentation du groupe se fait sans problèmes si ce n’est le nom dudit groupe, soit Biomech Race. On avait l'impression qu'en le lisant, le monsieur à lunettes tentait de déchiffrer un manuscrit byzantin à l'envers dans un miroir. A ce sujet, je me souviens d’un ami qui jouait dans un tournoi de basket à Istres et qui avait appelé son équipe Bohemian Rhapsody en hommage au morceau de Queen. Pas une seule fois de la journée, leur nom a été prononcé comme il faut. Enfin, fuyons Istres et retournons à Montpellier où le moment fatidique approche à grands pas. En effet, chers lecteurs, c’est le moment où mon site internet est cité bien fort dans le micro et même si la prononciation de Tears Of Metal ressemblait davantage à celle de bar-mitsva, moi, j’étais content. Et voilà que Kévin a finit de brancher ses 832 claviers et que ce passage live de Biomech Race, tant attendu par tout un peuple, pointe enfin son nez. Allez, soyons fou et faisons une partie juste pour ça…

Septième partie
Montpellier, L’Inédit, 20h38…

Nous nous retrouvons plongés dans une semi-obscurité alors que l’ingénieur du son balance l’intro de Don’t Leave Me Alone. Vince fourre son nez dans le micro en une posrture gothique à souhait. A quoi pense-t-il à cet instant ? Se pose-t-il des questions métaphysiques sur le sens de notre présence sur terre ? Peut-être se concentre-t-il sur la musique ? Ou bien s'interroge-t-il sur ce qu'il fera le jour suivant à la même heure... ou encore, s'exclame-t-il intérieurement : "Putain, j'espère que j'ai fermé ma braguette !". Enfin, toujours est-il que Vince fourre son nez dans son micro jusqu'à ce que commence le morceau dans un tonnerre rythmique bien lourd. Kévin enquille les sourires comme les autres leurs gammes sauf que lui avait choisi dans sa garde robe un t-shirt garanti 100% boys band pour mettre en valeur ses muscles saillants. Tout se déroule bien jusqu'à ce que je sois obligé d'incliner ma tête sur la gauche pour voir si Seb est bien sur scène. Damned ! Pauvre Seb me dis-je, on n'entend pas ta gratte ! Diable, nous sommes fait comme des rats (dixit George Clooney). C'est alors que je me tourne pour jeter un regard torve à l'ingénieur du son espérant lui montrer qu'il n'est pas mon ami, qu'il fera des cauchemars pendant trois semaines et que ses enfants naitront avec des poils partout et de la mousse dans les oreilles. Seulement, il ne me voit pas et Alain, en ami de Seb, se déplace pour lui dire qu'on n'entend pas la guitare. Le gars semble réceptif mais au final, la guitare est toujours inexistante. On est en droit de se demander si l'individu en question comprenait réellement ce qu'il faisait. Dommage, les solos passent à la trappe alors que le reste des instruments s'en sort pas trop mal. Comme dirait mon ami Tran "Sono, va en enfer !" (en fait, Tran n'est pas vraiment mon ami mais c'est mieux quand c'est dit comme ça. Et puis, j'avoue qu'il n'a jamais dit "Sono, va en enfer" mais c'est tout comme). Le reste passe comme une lettre à la poste. M'entendant hurler à la mort à chaque refrain, la demoiselle (la dame ?) devant moi se tourne et entame le dialogue suivant :
- Dites moi beau jeune homme, quel est donc le nom de ce groupe ?
- Il s'agit de Biomech Race gente dame.
- Bio quoi ?
- Peu importe.
- C'est un peu Dream Theater numéro 2.
- Oui mais ils le font bien.
Elle me répond d'un sourire (ce qui est assez fréquent durant les concerts où il est difficile de s'exprimer par la parole. Quand il s'agit d'un membre du sexe dit faible, c'est plaisant. Lorsque c'est un gros baraqué au visage ingrat couvert de piercings, c'est une autre histoire) et se retourne pour apprécier un solo de gratte démentiel. Ainsi, le groupe balance son métal prog (romantique) sans vergogne, rejouant à peu de choses près la démo, soit Don't Leave Me Alone, Day After Day et Lestat. Le temps ne leur permet pas d'en faire davantage et Biomech Race fait son boulot sans anicroche, si ce n'est le son cataclysmique qui renverrait en enfer le chanteur vampirique d'un groupe de Death. Du coup, Biomech remporte un franc succès en considérant son style de musique peu apprécié du grand public et le nombre relativement réduit de fans ultimes invités pour l'occasion. Ainsi, les mains étonnement nombreuses se lèvent et les membres du groupe quittent la scène sans oublier de signaler que Pascal fête aujourd'hui son anniversaire à moins qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre. Oui, quasiment deux mois après, j'ai la mémoire qui commence à bouilloner grave dans la marmite qui me sert de tête.

Huitième partie
Montpellier, L’Inédit, 21h01…

A présent, l'heure n'est plus au stress et au jeu sur scène. Le groupe se disloque comme un pétrolier au large des îles Galapagos et chacun part de son côté faire ce que bon lui semble. Vince et Seb discutent autour d'un verre, Pascal est introuvable, Vinny et moi nous accaparons une table tandis que Kévin décide de s'éclipser à la recherche... d'une crêperie. Oui, je sais que ça peut paraitre étrange d'avoir envie de manger des crêpes à 9h du soir mais que voulez-vous on ne choisit pas ce genre de choses. Moi, par exemple, il m'arrive d'avoir envie de manger du riz cantonais sans avoir de petites crevettes au frigo. Et comment voulez-vous que j'arrive à me préparer du riz cantonais sans petites crevettes ? C'est une aberration totale et vous vous en rendez bien compte. Le groupe se disloque dans l'attente du résultat, disais-je, et Vinny prend place en face de moi avant d'entamer une discussion fort intéressante sur Internet. Seulement, son attention est bien souvent détournée par quelques gourgandines en jupes plutôt courtes qui viennent se déhancher sous ses yeux. Alors, moi, fier d'être Montpellierain, Marseillais, Istréens, Sisteronais et un peu Aixois, je lui vante les qualités des filles locales, à la fois belles comme des déesses et intelligentes comme... des déesses... Un peu comme si Dieu était descendu sur terre et avait posé sa main sur toutes les petites filles Montpelliéraine. Puis Dieu a dit : que les jeunes filles que vous êtes deviennent hyper bien gaulées. Et elles devinrent bien gaulées. Du coup, Dieu est satisfait et il retourne dans les nuages. En deux mots, je dis à Vinny que Montpellier est le paradis sur terre, le jardin d'Eden faisant enfin une journée portes-ouvertes. Et Vinny acquiessant sans vergogne, ne manque pas de jeter un oeil ou deux sur quelques paires de gambettes passant par là car comme dirait mon ami Stéphane, si l'homme a des yeux, c'est pour regarder (en fait, c'est pas vraiment mon ami mais c'est mieux quand c'est dit ainsi). Mais finalement, notre discussion dévie sur Biomech Race car rien ne sépare le sexe de Biomech Race (car en Inde, Biomech Race n'est pas symbole de chasteté, vous pouvez me croire) et j'en viens à demander quelques explications sur le sens de ce nom de groupe pour le moins étrange. Vinny, s'éclipsant un instant, revient en compagnie de Vince. Ce dernier s'installe confortablement car l'explication s'annonce longue et complexe. Il me raconte ainsi les débuts du groupe dans les moindres détails, le sens de leur nom de façon tout aussi complète et en profite pour me parler de quelques uns de ses projets. Durant notre discussion, Seb et Pascal passèrent tour à tour pour m'indiquer qu'il fallait à tout prix que je fasse fi des paroles de Vince car, à les écouter : "il dit n'importe quoi". La discussion se termine au moment où Kévin revient, n'ayant trouvé ni crêperie, ni MacDo et avouant même s'être un peu perdu. Peu importe, la sandwicherie est toujours ouverte est nous y refaisons un petit passage. Personellement, je navigue d'Inédit en sandwicherie et, discutant avec mon pote hardos, j'apprends à mon grand dam que Biomech Race pointe à la quatrième place alors qu'il reste encore deux groupes. Damned ! pensais-je à cet instant. Je me précipitais donc dans la salle de concert où jouait un groupe de jazz-rock très technique et qui semblait remporter un franc succès auprès de la faune montpelliéraine de cette fraiche fin de soirée. Faune montpelliéraine qui, n'ayant pas la moindre once de morale, vote à grand renfort de mains levées pour ce groupe. Et moi, l'oeil vaillant, me rendant bien compte que c'en ai fait de notre potentielle victoire, je m'en vais l'air triste et la larme à l'oeil, retrouver une partie de Biomech Race à la sandwicherie. Je m'installe un bref instant à leur côté, n'osant pas révéler ce triste état de fait qu'est leur cinquième place. Car, moi, tel que vous me voyez, je me doutais que Biomech Race finirait cinquième. J'en avais rêvé la nuit précédente juste avant que mon subconscient ne me fasse communiquer avec Jennifer Aniston en écrivant sur la buée d'une vitre avec mes doigts (véridique). Ce que je veux dire, c'est que si les cinq premiers avaient été qualifiés, Biomech Race aurait fini sixième. Ça s'appelle être maudit. C'est comme ça, nous n'y pouvons rien, nous autres pauvres hominidés chevelus. Quoi qu'en ce qui me concerne, je suis plutôt un hominidé par trop chevelu. Tout en ayant atteint le langage articulé, contrairement à ces abrutis d'australopithèques, qui sont plutôt poilus voire carrément simiesque. Mais de toute façon, l'australopithèque a disparu depuis belle lurette (quoi qu'il m'arrive d'en croiser parfois) et il n'écoutait pas de métal, donc...
Je quitte la sandwicherie vers 23h et croise Vince et Anny qui sortent de nulle part (non, je vous jure, ils sortaient réellement de nulle part. Sans déconner, vous sortiez d'où ?) et leur emboite le pas dans l'espoir de mettre une bonne demi heure pour rallier l'Inédit afin d'arriver juste au moment de la remise des diplomes ou tout du moins de l'annonce des résultats.

Neuvième partie
Montpellier, L’Inédit, 23h32…

Alors que je m'apprête à entrer dans la salle de concert, notre grand ami métalleux entre dans l'inédit, les lunettes embuées. "Il y a une putain de brûme !" s'exclame-t-il. Je lui réponds par un demi sourire et passe mon chemin car parvient à mes oreilles une musique pour le moins étrange. Sur scène, une demi-douzaine de fous furieux déguisés avec un chanteur clownesque jouent une musique sans queue ni tête avec des cuivres. Quatre pingouins se trémoussent comme des parkinsonniens sur des airs idiots et moi, appréciant autant cette musique que la biologie cellulaire, j'attends avec une certaine impatience que tout ça se termine. Finalement, les clowns retournent dans leur cirque et s'ils remportent un relatif succès, ils n'en restent pas moins grotesques. A  cet instant, l'homme sympathique aux lunettes monte sur scène pour donner les résultats. Les groupes montpelliérains raffles les premières places, les jazz-rockeurs emportent la quatrième et Biomech Race doit se contenter d'une stupide cinquième place. Objection, il essaye d’influencer le témoin. Objection acceptée, veuillez reformuler votre question. Le vote à mains levées est une véritable infamie et honte éternelle sur celui qui a inventé ce système. Que cet individu indigne pourissent dans les tréfonds de la poubelle de Dani Filth. Qu'il en soit de même pour l'inventeur du tram, ce vil objet du diable. Enfin, je ne vais pas commencer à insulter tous les gens qui me veulent du mal, la liste serait vraiment trop longue. Où en étais-je ? Je disais que Biomech Race avait pris la cinquième place et que les membres du groupe s'en étaient allé sans demander leur reste. Seul Kévin et consorts sont encore là, ce qui est particulièrement intéressant pour moi car ça m'évitera de faire le chemin à pieds jusqu'à ma demeure. C'est ainsi que Nicole et Jean-Luc, en parents responsables (bien qu'ils ne soient pas du tout les miens) refusent de me laisser seul dans les ruelles sombres et mal famées de Montpellier et me propose de me racompagner. J'accepte immédiatement même si je n'ai pas la moindre idée de la route à suivre pour regagner mon appartement. Je pourrais l'expliquer en disant que je n'ai jamais mis les pieds dans ce quartier, que je n'ai jamais voyagé dans Montpellier autrement qu'en bus mais je pense que ça n'intéresserait personne. Finalement, Jean-Luc retrouve le chemin alors que Nicole manque de mourir de rire à quatre ou cinq reprises. Mon immeuble à l'esthétisme évident se dresse devant nous comme une pyramide égyptienne et je quitte la soirée comme je sors de la voiture, mes vêtements puant la cigarette et mes oreilles me rejouant Day... After Day...

Ici s'achève ce compte rendu.

© Mathieu
27 janvier, 3 février, 1 & 2 mars  2001