Dernier
séjour aux toilettes où les chevelus, torse nu
et muscles saillants, se pressent autour d'un misérable
lavabo pour se désaltérer. Ayant hâte de rejoindre
ma barrière en fer qui me permet d'éviter le bain de foule
et de parfaitement voir la scène, je les bouscule légèrement
et me retrouve face à un colosse gras comme un porc et couvert de
piercings immondes. Ce dernier débarque dans l'escalier comme une
boule de billard en criant « laissez moi passer, je suis gros! ».
Le choix n'étant pas donné dans ce cas de figure, je m'écarte
et rejoins le rez-de-chaussée où toute une population hétérogène
est paradoxalement formée d'individus tous identiques se presse
dans le hall en quête d'un peu de fraîcheur. Moi, cheveux courts
et t-shirt blanc, je me jette dans la fournaise où Laurie, déguisée
en hard-rockeuse avec le pantalon de Véronique, fait un peu de cosette
avec un looké à l'allure peu commune qui discute sans retenu
avec force sympathie. L'habit ne fait pas le moine comme le disait frère
Tuck. C'est à cet instant que Jacques revient, nous avouant que
l'horreur sonore de Rhapsody l'avait empêcher de rester. Réaction
éminemment compréhensible et je vous invite d'ailleurs pour
vous faire une idée de la chose d'écouter pendant une heure
des bidons tomber dans un escalier opus 42. Et nous revoilà tous
les trois réunis, observant d'un œil attentif l'ingénieur
du son spécial Stratovarius, arborant avec une certaine fierté
le t-shirt Legions Of The Twilight, spécial uniforme du fan club.
L'arrivée prochaine du groupe sur scène se fait bientôt
sentir. La salle est quasiment comble, recouverte d’un parterre de cheveux
mêlés à des bras satanistes. Et tout s'éteint.
Intro musclé ? Non, intro classique. Pour ne pas perdre les bonnes
habitudes, le batteur alias Jörg Michael se présente le premier,
torse nu et cheveux frisés de teutons à l'appuie. Le morceau
d’ouverture est lancé, c'est Hunting High And Low. Les autres membres
de Stratovarius débarquent dans une furia démentielle avec
des mini feux d’artifice qui pètent à tout va. Et le concert
continue dans une ambiance énorme où la liesse d’un public
qui crie à plein gosier s’allie aux ingénieurs du son qui
balancent tout à tour de la mousse pour Mother Gaia, des flammes
pour Phoenix et un jeu de lumière qui ferait pâlir le corpulent
David Gilmour. Sans oublier les images sur grand écran, l’équivalent
des textes écrits par le non moins corpulent Timo Tolkki (quoi que
moins gros quand même). Une nature ardéchoise (ou finlandaise,
peut-être), des gens et des animaux qui crèvent, des Hitler,
des Staline, des Jésus et des papes Jean-Paul 2, des photos de super
novas et des dauphins omniprésent qui sautent gaiement entre les
vagues océanes (à prononcer avec la liaison). Et Stratovarius
dans l’histoire ? Virtuose jusqu’à la pointe des cheveux, comme
toujours. Les envolées de gratte de l’ami Timo Tolkki, emprisonné
d’un jeu de lumière 70’s tourbillonnantes et bigarrées, le
jeu de basse discret (mais efficace) de Jari Kainulainen, notamment sur
l’intro de The Kiss Of Judas, la dextérité de Jens Johansson
qui fait glisser ses doigts velus sur les touches de son clavier (lorsqu’il
pense à le mettre en marche) avant de se promener sur scène
avec une serviette sur la tête, le pilonnage démoniaque de
Jörg Michael qui fait exploser des pétards de carnaval à
chaque coup de batterie et jongle toujours avec des baguettes qu’il se
voit souvent incapable de rattraper et les gueulantes de Timo Kotipelto,
le bellâtre à la gueule scandinave, exhorteur (en bon français)
de foule pour la circonstance. Quant à la foule en question, composée
de frappa-dingues trompe-la-mort, trop hardi dans leur ardeur impétueuse,
Timo la calmera d’une phrase concise qui se termine par le mot «
hurt ». Un concert de deux heures, pêchu et spectaculaire
comme jamais, jouissif et tubesque et qui a finalement rendu Stratovarius
bien digne de sa tête d’affiche et d’une place au dôme (encore
une fois). Et ils n’ont pas joué Season Of Change les bougres !
Set List de
Stratovarius
(toujours
par ordre alphabétique)
Intro classique
Against The
Wind (Fourth Dimension)
Black Diamond
(Visions)
Episode (Episode)
Father Time
(Episode)
Forever (Episode)
Hunting High
And Low (Infinite)
Infinity (Infinite)
Millenium
(Infinite)
Mother Gaia
(Infinite)
Paradise (Visions)
Phoenix (Infinite)
SOS (Destiny)
Speed Of Light
(Episode)
The Kiss Of
Judas (Visions)
Will The Sun
Rise ? (Episode)
Oui, nous sommes
plus fort que les gars de Carthagène !!
Quatrième
partie
Marseille,
Le Moulin, 23h30...
La
surdité nous guète alors que le public, à peine moins
survolté, sort du Moulin. On se presse vers la sortie où
les deux opportunistes savent très bien que les hardos sont tout
disposés à dépenser des mille et des cents pour se
boire une petite canette. Retour tout en douceur dans la Fiat rouge qui
nous offre une légère diminution de la jauge d’essence. Parcours
fluide jusqu’à la Pomme malgré un départ plutôt
difficile. La soirée de Laurie s’arrête là et Jacques
et moi, hardos jusqu’au bout, refaisons le chemin inverse jusqu’à
Aix. Petit arrêt boisson et grand rendez vous pour notre prochain
jubilatoire concert. Il est 0h30 et la nuit se referme au loin sur la petite
Fiat rouge.

Et
je me souviendrai de Timo Kotipelto face à un public survolté
nous lançant un « Do you want to go to… Norway ? »,
la foule hurlant à la mort et moi ne connaissant pas du tout de
morceau s’intitulant Norway. Le groupe nous balance alors une intro identique
à toutes les autres et de longues secondes passeront avant que je
ne reconnaisse le tubesque Paradise. C’était drôle. Timo nous
invitait donc au paradis et non en Norvège… J’aurais du m’en douter.
©
Mathieu
13.05.2000
&
11.06.2000
Alex Staropoli
et Luca Turilli
Photo
prise le 16 avril 1999
Séance
de dédicaces. FNAC, Marseille
