A L’INFINI



 
 

 


Le Moulin, Marseille
9 mai 2000
Première Partie
Aix En Provence, Les Fenouillères 18h15…
Trois heures d’une histoire de la religion plus passionnante qu’un double album complètement raté de Korn remplissent mon après-midi. Une après-midi longue et ennuyeuse qui a vu son point d’orgue lorsque le ciel, sombre comme une reprise gothique de l’autobiographie de Roger Waters, se montre menaçant au dessus de nos têtes pas du tout chevelues de pseudo-hardos (moi, je le suis mais j’ai les cheveux courts et Geoffray a les cheveux longs mais écoute John Abercrombie, donc, nous ne sommes que des pseudo-hardos). Et voilà que je m’interroge à 15h04 sur la probabilité plus que probable à cet instant qu’une pluie tonitruante se déverse sur Aix ? Ce qui ne serait qu’une redite puisque la pluie tonitruante a déjà fait des siennes le vendredi précédent lorsque, rentrant d’une séance à la cinémathèque de la rétrospective John Woo, j’avais été surpris par cette pluie qui n’avait rien de tonitruante certes, car fine et rigolote, mais qui m’avait tout de même obligé à revenir en trottant sur plus d’un kilomètre afin de rejoindre, le sourire aux lèvres et le corps luisant de transpiration, ma tanière. Mais, me direz-vous, en quoi la pluie peut-elle nous gêner alors que le concert est en intérieur et même carrément indoor ? En rien vous répondrais-je mais l’intro aussi éloignée du sujet que peut l’être Mike Oldfield du true métal se doit d’introduire de par sa nature d’introduction et… d’accord, je ne sais pas où je vais. Passons à la suite. Il est environ 18h15 et Jacques arrive, au volant de sa Fiat Panda rouge, à peine plus esthétique que la pochette d’un album de Fish. La jauge d’essence est bloquée sur le maximum depuis 100 kilomètres mais peu importe. Départ cataclysmique vers la cité phocéenne dans la minute qui suit, la précieuse gomme abandonnée sur l’asphalte aixoise. Attention à la limitation de vitesse, nous sommes à 80 sur l’autoroute. Et quand je dis 80, je ne veux pas parler du nombre d’automobilistes qui, le moteur plus débridé que Jackie Chan dans Le Marin Des Mers De Chine, nous doublent en un souffle à pas moins de 100 km/h, quelle folie ! Heureusement, notre autoradio crache du bon heavy des familles, pas très pêchu certes, mais contenant l’éternel Music d’Helloween. Marseille rallié en 2863 temps et 3 mouvements, nous prenons Laurie devant la mythique faculté St Charles et nous dirigeons tel l’hidalgo Don Quichotte vers le Moulin, salle non moins mythique qui accueille ce soir plus de cheveux qu’il en existe sur le crâne de Rob Zombie. Moulin retrouvé en un clin d’œil après l’encore plus mythique rond point du bout du monde, le concessionnaire Ford, le club de gym et les petites ruelles en sens unique. Les piercings et les tatouages se ruent déjà sur le Moulin, les t-shirt des métalleux sont de sortie et solidarité hardesque oblige, on affiche son fanatisme pour des groupes aussi divers (quoi que pas trop) que Blind Guardian, Hammerfall, Angra, Dream Theater, Cradle Of Fouf, Savatage et j’en passe. On est tous des frères du métal, ce n’est que lorsqu’on enlève le t-shirt qu’on se tape dessus. Sur les escaliers du Moulin se presse une foule des petits soirs, relativement peu nombreuse mais bien dans le style requis pas ce type de manifestation. La faim nous tenaillant, Jacques, Laurie et moi nous rendons dans l’éternel Central Bar qui, à notre grand dam, ne fait pas dans le sandwich malgré sa devanture hurlant à la mort son appartenance à ceux qui en vendent, des sandwichs. Mais le barman, plus sympathique que le chanteur d’Oasis peut-être détestable, nous indique avec une précision quasi-nulle la présence d’un marchand de victuailles. Des provisions de bouche que nous ne trouvons pas, à moins que le barman, plus sympathique que le chanteur de Blur est détestable, fît allusion aux deux opportunistes qui avaient bien compris qu’avant un concert, nous sommes tout disposer à nous ruiner pour bouffer une demi merguez dans un quignon de pain. Ceci étant fait et la boisson avalée avec une précipitation non dissimulée pour ma part, nous pénétrons dans le Moulin. Le hall d’entrée fidèle à lui même se compose de fous furieux qui dépensent leurs dernières pièces pour s’acheter un t-shirt Stratovarius, des distributeurs de publicités pour le concert de Demons & Wizards et les fan clubs de Rhapsody et autre Vision Divine et de ceux qui attendaient impatiemment l’ouverture pour se rendre dans les démoniaques toilettes (prononcer démoniac toïlets, à l’anglaise). Toilettes irrémédiablement peuplées de hard-rockeurs délirants toujours à même de répondre à mes sifflotements qui fussent pour la circonstance la tubesque intro de Anthem Of The World. Et aussi vrai que la réponse ne se fit pas attendre, ils se mirent à deux pour combler le trio des siffleurs. Sortant tranquillement, Laurie me rejoint et nous retrouvons Jacques pour ensuite pénétrer dans la salle remplie à un peu moins de sa moitié. Les baffles diffusent du bon hard et les ingénieurs du son s’affèrent alors que je cherche une place intéressante, fort de mon expérience de l’année précédente. Laurie, quant à elle, se cale contre les barrières car ainsi, elle pourra selon ses propres dires, s’appuyer lorsque la fatigue se fera sentir. Il me semble lui avoir rit au nez.
Deuxième partie :
Marseille, Le Moulin, 20h00...
Sonata Arctica, à la gueule qui sent bon la scandinavie, se précipite sur scène sur fond de riffs hyper plombés et nous offre un speed pêchu comme il se doit. Moi, pris dans un public déchaîné à la morale douteuse, je me vois trimballé de gauche à droite dans des mouvements de foules s’apparentant à un troupeau de bisons dansant le Festin De L’araignée. J’opte par conséquent pour un repli plus que stratégique et retourne auprès de Laurie, qui, loin de la folie hard-rockeuse me rit au nez. La première partie du combo finlandais passe comme une lettre à la poste, de morceaux speed en morceaux speed avec quelques interventions du chanteur qui précise, et il a bien raison, que la prochaine sera une « fast one » alors qu’il s’agit de la même que toutes les autres. Sonata Arctica qui brillera plus par sa jeunesse que par son originalité et qui pourra se targuer d’avoir un chanteur viril (mais correct) et un guitariste qui, si on ne l’a pas vraiment entendu, s’est réellement acharné sur sa gratte. Un groupe musicalement inconnu qui méritera une écoute de leur album pour pouvoir être jugé, bien sûr. Et ils n’ont pas joué Mary-Lou les bougres !

Troisième partie
Marseille, Le Moulin, 20h30...

Courte pose qui laisse le temps aux quelques fans de Rhapsody, qui ne s’étaient pas déplacés pour Sonata Arctica, de prendre place dans la salle qui commence à se remplir sérieusement. Des gars immense et costaud se plantent devant Laurie et moi et Bibendum (le vrai) me cache la vue. Mais qu’entends-je ? Qu’ouïs-je ? Une voix virile (mais correcte) débite son texte héroïc fantasy incompréhensible avant de laisser sa place à… l’intro de Symphony Of Enchanted Lands ! Rex tremende, gloria perpetua, etc… et les membres du groupes entrent en scène dans une bouillie sonore, c’est Emerald Sword. Laurie et moi montons sur les barrières pour mieux voir et sur scène, cheveux aux vents (mais sans vent), le groupe dégage une énergie monstrueuse. La foule plus agitée que des supporteurs turcs nous jette une vague humaine qui ébranle nos barrières et Bibendum, impressionnant d’aisance les renvoies encore et toujours contre la scène tel le reflux des marées. Et sur scène, justement se démène un Luca Turilli à la musculature impressionnante qui harangue les foules lors des breaks au clavecin (!), plante des solos qu’on n’entend pas avec sa guitare minuscule et ses bras énormes qui rendraient tout petit Eric Adams, le chanteur surmusclé de Manowar (les autres groupes jouent, Manowar tue !). Lione beugle à tout va, Holzwarth cogne comme un bûcheron, Staropoli est là pour la forme, Leurquin rythme pas trop mal dans son rôle d’orchestre symphonique et Lotta, loin de son image de réservé de la séance de dédicace, se lâche en alignant grimace sur grimace, ses cheveux dansant au dessus de sa tête.
Et l’ensemble, aussi énergique soit-il, est parfaitement inaudible. La basse et la batterie domine un ensemble hurleur et assourdissant où se perdent la guitare turillienne et la voix cristalline (!) lionienne. Si le volume sonore est présent malgré l’absence de la pléthore d’instruments médiévalo-flûtesques, les mélodies et les instruments solistes sont passés à la trappe un peu comme aurait pu le faire un chevalier dans un couloir sombre de Donjon & Dragons. Donc, finalement, on reste un peu dans l’ambiance. Et ils n’ont pas joué Wings Of Destiny les bougres !

Set List de Rhapsody :
(par ordre alphabétique)

Beyond The Gates Of Infinity (Soel)
Emerald Sword (Soel)
Epicus Furor (Soel)
Eternal Glory (Soel)
Wisdom Of The Kings (Soel)
Flames Of Revenge (Legendary Tales)
Ira Tenax (Legendary Tales)
Lands Of Immortals (Legendary Tales)
Warrior Of Ice (Legendary Tales)
+ solo de batterie d’Alex Holzwarth

Troisième partie
Marseille, Le Moulin, 21h30...

Dernier séjour aux toilettes où les chevelus, torse  nu  et  muscles  saillants,  se  pressent autour d'un misérable lavabo pour se désaltérer. Ayant hâte de rejoindre ma barrière en fer qui me permet d'éviter le bain de foule et de parfaitement voir la scène, je les bouscule légèrement et me retrouve face à un colosse gras comme un porc et couvert de piercings immondes. Ce dernier débarque dans l'escalier comme une boule de billard en criant « laissez moi passer, je suis gros! ». Le choix n'étant pas donné dans ce cas de figure, je m'écarte et rejoins le rez-de-chaussée où toute une population hétérogène est paradoxalement formée d'individus tous identiques se presse dans le hall en quête d'un peu de fraîcheur. Moi, cheveux courts et t-shirt blanc, je me jette dans la fournaise où Laurie, déguisée en hard-rockeuse avec le pantalon de Véronique, fait un peu de cosette avec un looké à l'allure peu commune qui discute sans retenu avec force sympathie. L'habit ne fait pas le moine comme le disait frère Tuck. C'est à cet instant que Jacques revient, nous avouant que l'horreur sonore de Rhapsody l'avait empêcher de rester. Réaction éminemment compréhensible et je vous invite d'ailleurs pour vous faire une idée de la chose d'écouter pendant une heure des bidons tomber dans un escalier opus 42. Et nous revoilà tous les trois réunis, observant d'un œil attentif l'ingénieur du son spécial Stratovarius, arborant avec une certaine fierté le t-shirt Legions Of The Twilight, spécial uniforme du fan club. L'arrivée prochaine du groupe sur scène se fait bientôt sentir. La salle est quasiment comble, recouverte d’un parterre de cheveux mêlés à des bras satanistes.  Et tout s'éteint. Intro musclé ? Non, intro classique. Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, le batteur alias Jörg Michael se présente le premier, torse nu et cheveux frisés de teutons à l'appuie. Le morceau d’ouverture est lancé, c'est Hunting High And Low. Les autres membres de Stratovarius débarquent dans une furia démentielle avec des mini feux d’artifice qui pètent à tout va. Et le concert continue dans une ambiance énorme où la liesse d’un public qui crie à plein gosier s’allie aux ingénieurs du son qui balancent tout à tour de la mousse pour Mother Gaia, des flammes pour Phoenix et un jeu de lumière qui ferait pâlir le corpulent David Gilmour. Sans oublier les images sur grand écran, l’équivalent des textes écrits par le non moins corpulent Timo Tolkki (quoi que moins gros quand même). Une nature ardéchoise (ou finlandaise, peut-être), des gens et des animaux qui crèvent, des Hitler, des Staline, des Jésus et des papes Jean-Paul 2, des photos de super novas et des dauphins omniprésent qui sautent gaiement entre les vagues océanes (à prononcer avec la liaison). Et Stratovarius dans l’histoire ? Virtuose jusqu’à la pointe des cheveux, comme toujours. Les envolées de gratte de l’ami Timo Tolkki, emprisonné d’un jeu de lumière 70’s tourbillonnantes et bigarrées, le jeu de basse discret (mais efficace) de Jari Kainulainen, notamment sur l’intro de The Kiss Of Judas, la dextérité de Jens Johansson qui fait glisser ses doigts velus sur les touches de son clavier (lorsqu’il pense à le mettre en marche) avant de se promener sur scène avec une serviette sur la tête, le pilonnage démoniaque de Jörg Michael qui fait exploser des pétards de carnaval à chaque coup de batterie et jongle toujours avec des baguettes qu’il se voit souvent incapable de rattraper et les gueulantes de Timo Kotipelto, le bellâtre à la gueule scandinave, exhorteur (en bon français) de foule pour la circonstance. Quant à la foule en question, composée de frappa-dingues trompe-la-mort, trop hardi dans leur ardeur impétueuse, Timo la calmera d’une phrase concise qui se termine par le mot « hurt ».  Un concert de deux heures, pêchu et spectaculaire comme jamais, jouissif et tubesque et qui a finalement rendu Stratovarius bien digne de sa tête d’affiche et d’une place au dôme (encore une fois). Et ils n’ont pas joué Season Of Change les bougres !

Set List de Stratovarius
(toujours par ordre alphabétique)

Intro classique
Against The Wind (Fourth Dimension)
Black Diamond (Visions)
Episode (Episode)
Father Time (Episode)
Forever (Episode)
Hunting High And Low (Infinite)
Infinity (Infinite)
Millenium (Infinite)
Mother Gaia (Infinite)
Paradise (Visions)
Phoenix (Infinite)
SOS (Destiny)
Speed Of Light (Episode)
The Kiss Of Judas (Visions)
Will The Sun Rise ? (Episode)

Oui, nous sommes plus fort que les gars de Carthagène !!

Quatrième partie
Marseille, Le Moulin, 23h30...

La surdité nous guète alors que le public, à peine moins survolté, sort du Moulin. On se presse vers la sortie où les deux opportunistes savent très bien que les hardos sont tout disposés à dépenser des mille et des cents pour se boire une petite canette. Retour tout en douceur dans la Fiat rouge qui nous offre une légère diminution de la jauge d’essence. Parcours fluide jusqu’à la Pomme malgré un départ plutôt difficile. La soirée de Laurie s’arrête là et Jacques et moi, hardos jusqu’au bout, refaisons le chemin inverse jusqu’à Aix. Petit arrêt boisson et grand rendez vous pour notre prochain jubilatoire concert. Il est 0h30 et la nuit se referme au loin sur la petite Fiat rouge.


Et je me souviendrai de Timo Kotipelto face à un public survolté nous lançant un « Do you want to go to… Norway ? », la foule hurlant à la mort et moi ne connaissant pas du tout de morceau s’intitulant Norway. Le groupe nous balance alors une intro identique à toutes les autres et de longues secondes passeront avant que je ne reconnaisse le tubesque Paradise. C’était drôle. Timo nous invitait donc au paradis et non en Norvège… J’aurais du m’en douter.
© Mathieu
13.05.2000
& 11.06.2000

Alex Staropoli et Luca Turilli
Photo prise le 16 avril 1999
Séance de dédicaces. FNAC, Marseille