Une Nouvelle
Mythologie
Le Rockstore, Montpellier
30 novembre 2000
Introduction
Montpellier, rue Jules Ferry, 16h34…

Le tram, c’est bien. Vraiment, je n’ai aucune raison de critiquer cette magnifique invention qui me permet d’aller à la fac tous les jours. Hormis certains jours où il est en retard, où il y en a un sur deux, où des voitures s’arrêtent sur ses rails, où il est plein ou encore lorsqu’il est impossible d’y entrer sans pour autant qu’il soit plein. Non, vraiment, j’aime le tram. Cependant, je vais m’autoriser une petite critique. Prenons un cas de figure assez fréquent qui dénote d’une connerie chronique chez les gens, en général. L’individu moyen, lorsqu’il se rend à son travail où qu’il rentre chez lui, aime bien la rapidité. Le trajet le plus rapide pour un preneur de tram est le suivant : Sur le quai, collé à la voie. Le tram passe, on rentre en restant collé à la porte. Le tram arrive à destination, la porte s’ouvre et on sort. C’est net, aucun problème, on ne peut pas aller plus vite. Seulement, lorsque les individus comme celui ci sont une vingtaine, un problème se pose. Imaginez, la porte coulissante du tram s’ouvre, ils rentrent tous et, trop cons pour faire deux mètres sur le côté, aucun ne va aller plus loin que la porte (voir l’explication précédente. Rester collé contre la sortie permet de sortir plus vite, avant les autres, quel bonheur !). Mais c’est là que ça ne marche plus car vingt personnes qui veulent se coller à une porte d’un mètre cinquante de largeur, ce n’est pas possible. Donc, ils se serrent tous comme ils peuvent, occupant dans sa totalité le petit espace face à la sortie. Le résultat est très esthétique pour les observateurs extérieurs. Ainsi, la wagon en question est totalement vide (places assises comprises. Chose rare à Montpellier où elles sont si prisées que des femmes enceintes dans leur 8ème mois se font cracher à la gueule car personne ne veut leur laisser le moindre centimètre de banquette) et il y a vingt personnes les unes contre les autres dans un espace de deux mètres sur trois. C’est vrai que l’esthétique est irréprochable mais en réfléchissant un instant, comment l’observateur en question peut-il s’y prendre pour entrer ? En admettant que l’arrêt du tram se fait alors que personne ne veut sortir. Le fou furieux téméraire qui veut prendre le tram voit le passage totalement obstrué par vingt personnes. Pas un millimètre de libre pour entrer et un wagon vide à seulement deux mètres des deux côtés. Cette situation est certes cocasse mais avouons que plus personne n’utilise ce mot et que, par leur royale connerie, les gens m’emmerdent. Et pourtant, croyez-moi, en commençant mon récit, je n’avais aucunement l’intention d’être vulgaire. Conclusion : Ne prenez pas le tram en même temps que les cons. Je sais, c’est difficile. Mais le tram, c’est bien. Pour prendre un autre exemple, je vais me placer dans ma propre peau ce jeudi 30 novembre 2000 aux alentours d’une heure qui m’est inconnue. Laurie et moi nous rendions à la gare pour faire nos cartes de train. L’anecdote n’est pas intéressante en elle-même et n’a absolument aucun rapport avec mes divagations sur le tram mais, arrêtez de vous impatienter, j’y viens. Nous allions donc à la gare et, riche idée que nous eûmes, nous prîmes le tram. Ce dernier, non content d’être plus lent qu’un char à bœufs montant l’Aubisque, s’arrête brusquement rue Jules Ferry. Que se passe-t-il ? Personne ne le sait. Que le tram s’arrête sans raison, ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que la gare se trouve à dix mètres de là et que le conducteur du tram refuse d’ouvrir les portes. Nous restons donc coincés dans ce ver géant indigne d’Arrakis alors qu’à travers les vitres, nous voyons la gare, là, à portée de main. Bien sûr, un spécialiste arrive, répare la « panne » et nous repartons avec pour conseil de quitter cette rame car, je cite : « elle est défectueuse ». Au final, nous avons perdu un temps fou. Et quand on sait le temps qu’on perd lorsqu’on va faire des papiers à la gare et que le concert de Symphony X commence à 20h, c’est énervant. Les cartes SNCF imprimées (avec une faute) et payées, nous repartons en destination de la Comédie où j’ai la ferme intention de croiser les membres de Symphony X (la chose étant arrivée avec les membres de Vanden Plas qui était allés faire les boutiques en même temps que moi. Je marchais donc dans les galeries Lafayette aux côtés de Vanden Plas et tout le monde s’en foutait. Les gens ignorent ce qui est réellement important). Sur notre route, nous passons devant le Rockstore. Au coin de la rue, une poignée de chevelus asiatiques s’éloigne avec des amplis et des grattes. L’un d’eux s’écrit « The car in the wall » en roulant les « r ». La devanture du Rockstore étant un arrière train de voiture encastré dans le mur, les chevelus en questions étaient donc les musiciens de Double Dealer et consorts. Trop tard, ils sont partis. La suite des évènements n’a pas vraiment tenu ses promesses puisque je n’ai rencontré aucun membre d’aucun groupe connu et je suis finalement rentré chez moi.

Première partie
Montpellier, Le Rockstore, 19h17…

Avant de partir pour le Rockstore, je me fais préparer un sandwich poulet-frites (avec des petits cubes parce qu’on ne mange jamais assez de petits cubes) que je mange avant même de sortir sur le palier. Température clémente et bus à l’heure, je me rends au Corum où m’attend l’œuvre du diable : le tram. Ce dernier arrive sans trop de retard et reprend sa route à son train de sénateur jusqu’à ce qu’arrive l’inévitable. Au moment où nous traversons le tunnel qui mène à la place de la Comédie, le tram s’arrête. Quoi ? Hein ? Encore ? Bloqué à nouveau cinq bonnes minutes, je me surprends à souhaiter la mort de l’inventeur de cet instrument de torture et voilà que les machines se remettent en route. Quel était le problème ? Je ne sais plus. Il s’agissait peut-être d’un gars trop malin qui avait garé sa voiture dans le tunnel réservé au tram mais ce n’est pas sûr. Le tram, c’est tellement bien que je finis par confondre tous ses problèmes. Mon intention première était d’aller jusqu’à la gare et de marcher jusqu’au Rockstore mais les avis changeant aussi régulièrement que les trams s’arrêtent sans raison, je descends à la Comédie et je décide de descendre la rue de Verdun. La marche sera un chouïa plus longue mais je laisserai définitivement le tram à son triste sort. En descendant la rue d’une démarche sautillante, je croise Michael Pinnella qui, l’air de rien, se dirige dans le mauvais sens (ce qui est logique car si vous aviez suivi, je me rendais au Rockstore. Donc, si je croise Pinnella, c’est que forcément, il va en sens inverse. Tout s’explique). Dingue ! Arrivé sous la car in the wall, je m’arrête au milieu d’un contingent réduit de cheveux longs. Ces derniers, plantés devant le bus de Symphony X, guettent la porte avec l’intention de tomber à bras raccourcis sur le premier musicien qui osera en sortir. Première victime (et dernière), Russell Allen. Avec un look à la Jésus Christ (mais un peu plus en chair que le messie. Mais si…), il se fait alpaguer par une poignée de fans pendant que les autres, dont moi-même, restons un mètre trente derrière, le sourire aux lèvres. Les flashs crépitent jusqu’à que Russell Allen s’enfuit en trottant et en disant « I’m hungry ». Qu’à cela ne tienne, Russell, il y un restaurant chinois pas loin. Accompagné d’un roadie au badge flottant, il disparaît dans la fraîcheur de la nuit naissante. Quant à moi, je pénètre dans le Rockstore où se pressent une petite dizaine de personnes (les fameux du premier rang qui n’échangeraient pas leur place contre une mèche de cheveux du voisin de palier de Michael Romeo… quoi que…). D’autres descendent quelques bières en écoutant un hard bien gras. Le temps passe et rien ne se passe jusqu’à ce que Michael Romeo sorte de la salle. La foule se réveille quelque peu lorsqu’il se faufile entre nous. J’ose lui tapoter amicalement l’épaule et il s’en va je ne sais où. Bon, il serait temps qu’on puisse entrer dans la salle, je commence à m’impatienter… Accélérons le temps… mais quel hasard, les portes s’ouvrent et nous entrons. Les traditions sont respectées : Billet à moitié déchiré, fouille en règle, distribution de cd promotionnels, achat de t-shirt et stage de courte durée aux toilettes brevetées rockstore (il s’agit de pissotières immondes probablement conçues par l’inventeur du tram). La salle se remplit et je me débarrasse à la consigne de mon blouson chargé à bloc de cd et de publicités puis je regagne ma place contre la barrière protégeant l’ingénieur du son. Place stratégique bien que les barrières en question ne permettent pas de s’y hisser. A noter qu’il y a à l’intérieur du Rockstore un bar avec un comptoir et une charmante serveuse. Trop maquillée, certes, mais charmante.

Deuxième partie
Montpellier, Le Rockstore, 20h00…

Les japonais de Double Dealer montent sur scène. La sono est raisonnable avec un effort tout particulier pour isoler les instruments solistes (ce qui sera le cas tout au long du concert). Le groupe nippon crache à tout va avec un Norifumi Shima gratteux déchaîné à l’inspiration malmsteenienne (très bon) qui file au public ses canettes de bière et un Takenori Shimyna à la voix assez originale car très rock et bien agressive. Les claviers ont un peu de mal à respirer mais ça donne à l’ensemble une impression bien lourde et grasse qui éloigne le style de Double Dealer des productions actuelles cristallines avec des chiées de synthés. Avouons que le son live y est pour beaucoup. Le groupe quitte la scène après un passage qui m’a semblé relativement long. Le claviériste qui porte le maillot de l’équipe de France de football nous salut. On est les champions, on est, on est, on est les champions ! Enfin, c’était une bonne première partie, pêchue à souhait. Et puis comme Hard Rock l’a si bien dit : « Ça tombe bien car nous, on aime beaucoup les paires de Nippons ! »

Troisième partie
Montpellier, Le Rockstore, 20h00…

Arrive à présent Majestic. Plus froid dans l’approche (solos de synthés à profusion. Normal, Richard Anderson, le claviériste, est le leader du groupe), le groupe doit en plus faire face à un public amorphe qui, à cet instant, ne se serait même pas dandiné un chouïa sur une série de riffs plombés de Kiko Loureiro. Vraiment, je déplore l’attitude du public qui a fait preuve pour une grande majorité (ou tout du moins pour une grande majorité de ceux qui étaient autour de moi) d’un mépris total envers les deux groupes qui précédaient Symphony X. S’il est vrai que des morceaux qu’on ne connaît pas du tout ont plus de mal à nous transcender, éviter de regarder sans arrêt de tous les côtés (comme si le plus passionnant se passait dans le public lui-même, près des chiottes en l’occurrence) en tirant une gueule de vingt pans de long serait préférable. Cette critique s’adresse essentiellement aux trois personnes devant moi. Si vous vous reconnaissez, s’il vous plaît, ne croisez plus jamais mon chemin. Quant aux autres, ma place ne me permettait pas d’avoir une vue d’ensemble, donc, je ne m’exprimerais pas à leur sujet. Ainsi, le chanteur de Majestic nommé Ariane… eux nom, Appolo… enfin, quelque chose comme ça, est obligé d’haranguer un peu la foule et de la faire chanter pour la sortir de sa torpeur (encore une fois, je précise que tous n’étaient pas comateux). Effet garanti malgré sa ressemblance frappante avec Patrick Fiori. A noter également le solo de batterie qui marche toujours aussi bien au niveau de l’ambiance. En définitive, les morceaux se sont enchaînés comme les maillons d’une chaîne speed-symphonique sans éclat ni forte déception. Double Dealer avait compensé par une destruction d’oreille sans conviction, un passage d’énergie pure. Majestic a également assuré son set sans anicroche. Une question me brûle cependant les lèvres : Le guitariste statique de Majestic nommé Magnus Nordh a-t-il fait un solo ?

Quatrième partie
Montpellier, Le Rockstore, 22h03…

Enfin, nous y sommes et tout le monde était venu pour ça : Symphony X ! Break de quelques instants. Juste suffisant pour aller dans cette infâme pissotière issue des tréfonds des enfers et le groupe monte sur scène sur fond du prélude de leur dernier album. Le public est content, enfin ! Les neuf premiers morceaux de V passent comme des lettres à la poste avec, chose d’une grande originalité, les passages orchestraux souvent joués à la gratte par Romeo. La prestation scénique de Russell Allen est irréprochable avec mimiques et postures grandioses qui rappellent une poignée de personnages bibliques. Vous me direz que l’époque traitée et les thèmes abordés dans leur album impose ce genre d’interventions. Ouais, bon, Russell Allen ressemble au Christ et puis c’est tout. Je déplorerais cependant certains passages accompagnés de clignotements douteux tout droit issus d’un clip techno et qui t’achèveraient sans mal un épileptique. Pour ma part, ça m’a abîmé les yeux. Et puis quand on est habitué aux trucs qu’avaient balancés Stratovarius, on ne se contente plus d’un simple jeu de lumière. Mais parlons plutôt du choix des morceaux de Symphony X, étrange voire rocambolesque, voire totalement délirant, voire carrément étrange et rocambolesque… et totalement délirant. En effet, chers lecteurs, qui est l’illuminé qui a choisi les chansons qui seraient interprétées ? Neuf morceaux de The New Mythology Suite, je n’ai rien à dire, c’est leur dernier album (en fait, j’ai juste à dire que j’aurais préféré Absence Of Light, A Fool’s Paradise ou Rediscovery à la place de The Bird-Serpent War que j’honni) mais en ce qui concerne les autres, je reste coi. Quoi ? Non rien. Une minute trente de Candlelight Fantasia, de qui se moque-t-on ? Et Lady Of The Snow ? Et The Accolade ? Hein ? Oh ? Hein ? Pfff… vous ne me répondez même pas. Bon, ça crache, rien à dire, mais les morceaux manquent d’accroche. Pas de Nothing To Say, pas de Kiss Of Judas, les compositions de Symphony X sont trop compliquées. Du coup, les fans s’en donnent à cœur joie face à leurs idoles et les autres se retrouvent face à une prestation d’un métal prog ultra-composé qu’il serait préférable d’écouter au coin du feu. Où sont les solos interminables de Michael Romeo, où sont les improvisations de Michael Pinnella, où sont les femmes avec leurs gestes plein de charme ?? Hein ? Mais au final, une question se pose : Est ce que Symphony X a des morceaux calibrés pour les concerts ? Non, je ne pense pas. Peut-être que In The Dragon’s Den aurait eu sa place également mais on a beau remanier la liste dans tous les sens, on ne s’en sort pas. En conclusion : Symphony X a rempli sa part du contrat et on ne regrette pas l’argent qu’on a dépensé pour pénétrer dans l’antre. Cependant, je ne peux m’empêcher de garder en poche quelques regrets inextricables, inextensibles, inextinguibles, inextirpables, INXS et in extremis. Voilà, j’ai bouclé le cercle mortel des mots en inex. Ah oui, j’allais oublier de vous conseiller les frites en petits cubes. C’est très bon.

Cinquième partie
Montpellier, Le Rockstore, 00h06…

Symphony X s’en est allé et ça ne devrait plus tarder pour moi. Juste le temps de récupérer ma veste. Etrangement, tout le monde a eu la même idée que moi et la bousculade est inévitable. Je parviens à sortir tant bien que mal et je m’engage sur le chemin du retour, dans un froid glacial, les oreilles bourdonnantes, pour une marche d’une bonne demi-heure. Et puis un bon dodo. Et oui, demain, j’ai un TD d’histoire ancienne.

© Mathieu
31.12.2000