INTRODUCTION
:
Ariel, dont la vie et l'uvre
de Steve Wilson ne présentent aucun secret,
arrivait, exténué, des cîmes
lointaines et hautement alpines où il avait
récupéré un certain Gael,
ex-fan de Gilmour et nouveau de Dream Theater
(prononcer : drime cièteur).
Eric fan de...euh et Mathieu fan de Biomech Race,
(of course !), fins prêts, les attendaient
impatients.
Eric avait fourbi ses cassettes, peu soucieux
des futures critiques.
Nos quatre mousquetaires, installés dans
l'ex Renault 21 du beau-papa d'Eric (qui n'écoute
que Sardou), partirent alors tout émoustillés
direction Marseille.
Gaël, fidèle à son habitude,
commença, en sauvageon trublion, ses critiques
acerbes des cassettes qu'Eric, peu respectueux
de ses cheveux blancs (En fin de compte et après
avoir vérifié, je ne crois pas qu'il
en ait) et du fait que ce dernier avait sans doute
passé l'après-midi à choisir
les titres avec minutie, préparant le tout
avec moultes soins et la plus extrême rigueur
(comme à son habitude). Bref, Eric demeura
fort insensible à ces taquineries "gaeliennes".
Tous les quatre (mais chacun à son tour)
parlèrent alors de tout et de rien (surtout
de rien), de choses et d'autres (surtout d'autres).
Mathieu expliqua ainsi à Gael le secret
de la réussite sur internet en utilisant
la célèbre métaphore de la
réaction en chaîne que Lance Armstrong,
grand utilisateur de mobilette, connait sur le
bout des doigts.
Enfin, après une petite demi-heure d'une
autoroute bondée longeant les restes exsangues
d'un étang de Berre épuisé,
ils arrivèrent à l'embranchement
des Pennes en ayant ménagé leur...
peine !
Suivant précautionneusement un plan assez
inexact que leur avait fourni le site www.progsud.fr,
ils arrivèrent à un sens interdit
qui les obligea à partir dans la direction
inverse du Jas de Rod !
Ils tournèrent alors un instant, amusés,
un rond-point placé au milieu de nulle
part et parsemé de flèches jaunes
comme autant d'indices sur la direction à
prendre.
Eric et Ariel, les deux vieux briscards, se remémorèrent
leurs lointains et heureux moments aurouziens
(période "Pennes-Gavotte-Cadeneaux"),
le temps de verser une larme sur le boulevard
du temps qui passe. Mathieu et Gaël, eux,
s'en moquaient allègrement, n'ayant jamais
mis les pieds en Lozère ou, tout du moins,
refusant de l'admettre de peur de passer pour
les derniers des ringards.
Ensuite, nos quatre fans de rock continuèrent
vers Les Cadeneaux et finirent - après
moults virages et changements de direction et
grâce au sens inné de l'orientation
d'Ariel, fan devant l'éternel de Porcupine
Tree - par arriver devant une grand salle, plus
laide que la pochette du dernier CD de Christian
Descamps et perdue sur un plateau plus pelé
que le crâne du chanteur de Rose Tatoo,
à droite d'un lotissement de "beaufs"
sans doute moins sensibles à la musique
qu'allait distiller ces lieux magiques, qu'à
des abrutissements de crâne du genre "loft
story" ou "lagaf".
L'ARRIVEE
:
Eric a dû se dire un instant,
en son for intérieur - alors qu'il suivait
attentivement les conseils éclairés
d'Ariel, : "Quand je pense qu'ils ont voté
à 40 % pour Le Pen ! Les cons !"
Gaël, quant à lui, une goutte de sueur
coulant sur son front d'éphèbe,
se disait probablement : "J'espère
qu'ils ne vont pas jouer du prog des années
70 ! Les cons !"
Et Mathieu, le regard dans le vide, pensait sans
doute ceci : "Et dire que je vais être
obligé d'écrire un compte rendu
de ce concert ! Les cons !".
Ils garèrent alors leur voiture dans un
parking qui rassura Eric, déjà échaudé
par le vol de sa Peugeot 405 vendue par le regretté
Maurice qui n'écoutait que les cd de...
sa femme !
Et voilà. Une demi heure de route et finalement
le Jas'Rod (anciennement Jas De Rod mais ayant
été obligé d'enlever le "de"
depuis que les privilèges ont été
abolis).
Ils entrèrent alors, quelque peu excités,
dans une sorte de cour goudronnée en légère
pente.
Ariel a sûrement pensé en arrivant
devant la salle : "Il est des lieux où
souffle l'esprit."
Jean-Luc alias monsieur Codfert, alias le manager
à la barbe fleurie, attendait derrière
une barrière, l'enveloppe à la main.
Mathieu s'en approcha, l'air de rien, pour un
échange hors du commun. Un cd pirate, bootleg
illégal fleurant bon les 20 ans de prison,
contre - non pas une - mais deux places
gratuites. Car Jean-Luc sait se montrer magnanime
et ainsi corrompre le plus irréductible
des chroniqueurs de la planète. Mathieu
lui promis donc de lui rendre la pareille sous
forme d'un beau t-shirt blanc frappé du
logo Tears Of Metal et agrémenté
de quelques tâches éparses d'un assaisonnement
de salade. Car si Mathieu et Jean-Luc sont les
seuls à porter des t-shirts blancs, le
manager de Biomech Race aime se tâcher pour
se différencier. Car c'est avant tout un
rebelle.
Puis, nos quatre amis, découvrant l'endroit,
virent arriver "deux" Jacques à
la coiffure étrangement identique et rouge
dans une minuscule voiture gominée (à
moins que ce soit le contraire) : un Jacques grandeur
nature et un autre à petite échelle.
Le petit, c'était Guillaume qui venait
assister à son premier concert. "Quelle
chance il avait le bougre !" pensa ce vieux
baroudeur d'Eric qui a tout écouté,
même Grateful Dead et Peter Hammill.
Ce dernier (Eric pas Peter Hammill), se dirigea
alors vers Mathieu, parlant toujours avec JL Codfert,
tandis qu'Ariel cherchait à se procurer
des places pour lui et Gaël.
Une fille - qui avait changé d'avis et
préférait aller voir les L5 au Dôme
- vendit les siennes à Jacques. Eric et
Mathieu, soupçonneux, entamèrent
donc le dialogue suivant avec la fille susdite
:
Eric : Et pourquoi vous vendez vos billets
?
Fille : Parce qu'on ne peut pas venir.
Mathieu : Mais pourtant vous êtes ici, petite
coquine. Comment donc ne pourriez-vous pas venir
?
Fille : En fait, on peut venir mais on doit repartir.
On ne peut pas assister au festival.
Mathieu : Hmmm...
Mais le doute subsiste.
Eric présenta alors à un Guillaume
respectueux, le rédacteur en chef de la
revue "Les Purs", alias Ariel.
Mathieu discuta un moment avec les membres de
Biomech Race, Pascal en tête, bientôt
relayé (comme l'album de Yes) par son frère
et Vinny.
De l'autre côté de la cour, ça
vendait des merguez et autres saucisses en un
étalage impressionant de fumée.
Ça discutait à qui mieux mieux.
Ça parlait de musique, bien sûr.
On se laissa aller à quelques plaisanteries.
L'ambiance était excellente. Toutes les
personnes attendaient dans la convivialité
et même sereinement le moment de s'éclater.
Il y avait peu de monde... mais de tout : des
vieux (comme Ariel !) vêtus de t-shirts
qui amusèrent un temps ce taquin de Gaël.
Ça passait d'Iron Maiden à Marillion,
puis Angra et même Grateful Dead, un groupe
qu'Ariel n'a pas encore écouté !
Ça se baladait avec AC/DC sur la bedaine,
et queue de cheval poivre et sel.
Bientôt, tout le monde pénétra
dans la salle de concert. Gaël fit remarquer
à Eric - qui propose, il faut que cela
se sache, une dictée par semaine à
ses élèves - qu'il y avait une faute
d'orthographe sur un affichage et que cela était
assez intolérable et devrait être
signalé dans le compte-rendu et sans raison
garder. Ariel déclara : "tu l'as dit
bouffi !". Mais il y avait tellement de bruit
que cela n'est pas très certain.
Dans la salle, une sono proposait élégamment
un vieux (euphémisme) titre de Yes. Eric,
très érudit mais à la mémoire
chancelante, déclara que c'était
un extrait de "Fragile". Mathieu s'exclama
immédiatement qu'il s'agissait de Siberian
Khatru et que confondre Fragile et Close To The
Edge frolait l'insolence. Ariel, beaucoup plus
jeune qu'Eric, donc moins sûr, confirma
qu'il s'agissait bien de "Siberian Khatru".
Gaël, que sa jeunesse excuse, proposa...
Uriah Heep ! Jacques, pas encore décoiffé,
déclara qu'il lui semblait que c'était
du Yes ! Guillaume, avec la même coiffure
que son père, restait silencieux.
Ils se dirigèrent alors un
moment vers le stand de Musea où il y avait
une quantité incommensurable de cd de rock
progressif et des pochettes plus laides les unes
que les autres. Ils regardèrent et en discutèrent
un moment.
Puis ils retournèrent dans la salle. Cette
fois-ci, la sono distillait un vieux cru de Ledzep.
Ils s'assirent tandis que Mathieu et Eric discutaient
avec JL Codfert qui commençait à
craquer. Eric lui demanda s'il y avait des nouveautés
dans le show de Biomech Race. Jean-Luc déclara
qu'il y aurait une surprise (ce sera une belle
cover de "fils de lumière" de
Ange).
Puis tout commença, enfin !
LE
CONCERT :
Le présentateur (un musicien
du groupe Eclat), fit un petit commentaire sur
le prog, son peu de succès, sa marginalité,
les aides qu'ils avaient reçues, le plaisir
de voir tant de monde, la qualité des intervenants...
Mais comme il le dit lui-même, c'est dans
la marge qu'on voit le maçon. Car le maçon
travaille dans l'ombre bien qu'il soit toujours
bronzé... puis Biomech Race attaqua son
set !
Ce fut un grand moment et le groupe ravit l'assistance
et surtout Jean-Luc qui, probablement sourd, se
tenait collé aux baffles, la mine béate.
Mathieu en sait quelque chose, Day AfterDay lui
ayant arraché l'oreille gauche alors qu'il
chantait à tue tête, le regard braqué
sur la gratte de Seb.
Quand à Biomech Race, c'était six
musiciens aux qualités indéniables.
Servis cette fois par une sono à la hauteur
- contrairement à celles de leurs précédentes
prestations au Portail Coucou (Salon de Provence)
et au Rockstore (Montpellier) très méprisantes
envers leur jeune talent. Ils purent ainsi exprimer
leur potentiel assez impressionnant chez des musiciens
qui ont entre 18 et 25 ans.
Proposant un "métal" lyrique
teinté de quelques touches un tantinet
"prog", Biomech Race offrit une musique
à la fois personnelle et pertinente, fruit
de différentes influences, fort bien assimilées,
loin des relents et autres clichés.
Le batteur se démenait, bourré de
feeling, le claviériste était très
"classe" et maîtrisait parfaitement
son sujet, le bassiste était impeccable
et précis malgré son très
jeune âge, le chanteur très inspiré,
possédait une présence indéniable
et se donna volontiers, toujours sincère
et très proche (dans tous les sens du mot
!) du public.
Quant aux deux guitaristes, leurs interventions
en solo furent toujours lumineuses et "jouissives"
!
"Vraiment, Biomech Race est un groupe d'avenir
! " pensa sûrement Eric. "Il serait
dommage que par manque de moyens, ce groupe talentueux,
généreux et communicatif ne subsiste
plus que dans la mémoire de ceux qui ont
la chance de l'écouter ce soir ! "
soliloqua sans doute Ariel.
Set List :
Fils de lumières
Kairo
Wings Of Dead Paradise
Day... After Day
Medley
Le show une fois fini, Gaël
déclara à Mathieu un "déjà
?" qui en disait long sur sa satisfaction.
Déjà fan de Dream Theater, il l'était
à présent de Biomech Race !
Puis, il y eut un léger entracte.
Tous les six sortirent de la salle et retrouvèrent
Jean-Luc et les musiciens de Biomech Race pour
discuter de musique, du show et de progressif.
Et étrangement, avec Biomech Race, le temps
ne passe pas. La première poignée
de main du 31 mai 2002 (entre Mathieu et Pascal)
suit à la minute près l'au revoir
du 29 avril 2001. Un an sans les voir et l'étrange
impression de les avoir croisés la veille,
l'avant-veille et le jour précédent.
La seule véritable différence se
trouve dans les cheveux de Kévin et Vinny.
Le premier en a perdu et le second en a ajouté.
Mais comment cela se fait-ce ? Comme le dirait
le marquis de Sade.
Eh bien c'est difficile à expliquer. Ce
concert, comme tous les autres, ne se limite pas
à un passage sur scène. Il s'agit
d'un ensemble qui commence bien avant la première
note jouée et se termine bien après
la dernière. La musique, c'est un fait,
mais un concert, c'est bien plus que ça.
Et tout ce qu'il y a autour, c'est convivial et
on devient ami à tel point qu'on pourrait
très bien se prêter 100 balles ou
même partir à la montagne ensemble,
c'est vous dire.
Enfin, Jean-Luc paraissait satisfait du show et
parla aussi de Ange qu'il avait vus en concert.
Il déclara : "Ils sont pas morts les
bougres !" ou bien mes souvenirs me trompent.
Ariel discuta avec le batteur et le guitariste
de Biomech Race. Ces derniers parlèrent
de leurs influences. Ils étaient encore
sous le coup de leur concert : stress et montée
d'adrénaline !
Jacques se remémorait le temps joyeux où
il soufflait allègrement dans sa trompette.
Guillaume écoutait attentif, toujours gominé
(malgré la brise) et souriant.
Gaël semblait ravi et Mathieu allait de l'un
à l'autre glanant quelques infos. Ses oreilles
furêtaient à droite et à gauche
écoutant les différentes réactions,
l'air de ne pas y faire attention. Il entendit
même quelqu'un dire : "Tu ne peux pas
dire du mal d'un album alors que le groupe a passé
un an à le faire". Mathieu pensa probablement
que cette personne était stupide et ajouta
même "Si leur album est mauvais, ils
auraient du y passer deux ans !" alors que
devant lui, assise sur une barrière en
ferraille, Magalie faisait tomber son briquet
pour son plus grand désespoir. Et Mathieu,
grand galant et immense dans sa grandeur, se contenta
de sourire bêtement en haussant les épaules
plutôt que de lui ramasser.
Puis le festival reprit et ce fut
le tour de Mirage, un groupe de vieux de Marignane
qui s'étaient reformés récemment.
Ils portaient un t-shirt noir sur lequel était
écrit : "Camel "... of course
!
Ils jouèrent une musique proche de celle
du groupe susnommé mais trop copie carbone
pour intéresser longtemps Gaël, Mathieu,
Jacques et Eric qui bientôt, quittèrent
l'un après l'autre la salle.
Seuls, ce ringard d'Ariel et le jeune Guillaume
résistèrent.
Dehors, la nuit était tombée plus
rapide qu'un solo du guitariste de Mirage et il
commençait à faire plus frais qu'aux
gorges de Régalon un 13 juin.
Eric déclara, peu tolérant, en parlant
du groupe Mirage, que cette musique était
un peu "datée" et peu pertinente
et qu'elle ne pouvait à la rigueur intéresser
que quelques vieux fans de prog !
C'est alors qu'arriva Ariel, le vieux fan de prog.
Après le troisième morceau de Mirage,
il avait craqué ! Guillaume l'accompagnait.
Et tout le monde se relança dans des discussions
et des rires, le temps que Mirage finisse son
concert.
Puis, ils rentrèrent à nouveau.
La sono passait, en boucle du Yes, du Ledzep,
du Ange. Eric et Mathieu parlèrent un temps
avec la mère de Kevin de Biomech Race.
Eric a dit en parlant de ce dernier : "il
a du talent ! ". Nicole, ayant l'excuse de
l'énervement, a pleuré son désarroi,
elle qui voulait que son fils travaille à
la NASA et sauve l'humanité en inventant
le cyclotron atomique, comme toutes les mères.
Alors que la musique, je vous le demande, quelle
perte de temps ? Puisqu'il y est le Kévin,
il a qu'à jouer du Bratisla Boys !!!
Puis, ils assistèrent au
show de Tryo.
C'était, d'après le présentateur,
des Chiliens que lui et son groupe avaient entendus
lors d'une tournée dans ces contrées
sud-américaines lointaines.
Après Biomech Race et sa musique à
la fois virile, festive, conviviale et pêchue,
Mirage avait apaisé (!) les esprits et
Tryo "chloroforma" celui de nos six
héros.
Leur musique semblait un peu incongrue dans ce
contexte... et puis il se faisait tard, aussi,
ils décidèrent après les
premiers accords acoustiques des trois Chiliens
de rejoindre leurs pénates istréennes
et seynoises.
Jean-Luc fit remarquer à Mathieu qu'il
ne verrait pas Lord Of Mushrooms mais il en était
ainsi.
Ils se quittèrent à l'entrée,
Jacques et son fils dans leur petite voiture rouge
et les quatre mousquetaires dans leur Renault
21 qui appartenait au beau-père d'Eric
qui ne sait même pas ce qu'est le rock progressif.
LE
RETOUR :
Ils partirent alors vers Istres.
Eric avait remis ses cassettes. On parla du concert,
bien sûr puis Gaël critiqua un peu
la musique, comme toujours.
Ensuite, ils disparurent dans la fraîche
nuit de ce 31 mai qui restera à jamais
dans leurs souvenirs
Sur la cassettte passait "Helplessly
Hoping".
They are one person
They are two alone
They are three together
They are for each other...
Co-écrit
par Mathieu et un anonyme qui tient à le
rester
©
30.06.2002, 14 h 12 et 5.07.2002 à 17h20
Le
site officiel de Biomech
Race