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Le Sud Progressif 2002

Festival Prog Sud
Jas Rod, 31 mai 2002

 

INTRODUCTION :

Ariel, dont la vie et l'œuvre de Steve Wilson ne présentent aucun secret, arrivait, exténué, des cîmes lointaines et hautement alpines où il avait récupéré un certain Gael, ex-fan de Gilmour et nouveau de Dream Theater (prononcer : drime cièteur).
Eric fan de...euh et Mathieu fan de Biomech Race, (of course !), fins prêts, les attendaient impatients.
Eric avait fourbi ses cassettes, peu soucieux des futures critiques.
Nos quatre mousquetaires, installés dans l'ex Renault 21 du beau-papa d'Eric (qui n'écoute que Sardou), partirent alors tout émoustillés direction Marseille.
Gaël, fidèle à son habitude, commença, en sauvageon trublion, ses critiques acerbes des cassettes qu'Eric, peu respectueux de ses cheveux blancs (En fin de compte et après avoir vérifié, je ne crois pas qu'il en ait) et du fait que ce dernier avait sans doute passé l'après-midi à choisir les titres avec minutie, préparant le tout avec moultes soins et la plus extrême rigueur (comme à son habitude). Bref, Eric demeura fort insensible à ces taquineries "gaeliennes".
Tous les quatre (mais chacun à son tour) parlèrent alors de tout et de rien (surtout de rien), de choses et d'autres (surtout d'autres). Mathieu expliqua ainsi à Gael le secret de la réussite sur internet en utilisant la célèbre métaphore de la réaction en chaîne que Lance Armstrong, grand utilisateur de mobilette, connait sur le bout des doigts.
Enfin, après une petite demi-heure d'une autoroute bondée longeant les restes exsangues d'un étang de Berre épuisé, ils arrivèrent à l'embranchement des Pennes en ayant ménagé leur... peine !

Suivant précautionneusement un plan assez inexact que leur avait fourni le site www.progsud.fr, ils arrivèrent à un sens interdit qui les obligea à partir dans la direction inverse du Jas de Rod !
Ils tournèrent alors un instant, amusés, un rond-point placé au milieu de nulle part et parsemé de flèches jaunes comme autant d'indices sur la direction à prendre.
Eric et Ariel, les deux vieux briscards, se remémorèrent leurs lointains et heureux moments aurouziens (période "Pennes-Gavotte-Cadeneaux"), le temps de verser une larme sur le boulevard du temps qui passe. Mathieu et Gaël, eux, s'en moquaient allègrement, n'ayant jamais mis les pieds en Lozère ou, tout du moins, refusant de l'admettre de peur de passer pour les derniers des ringards.
Ensuite, nos quatre fans de rock continuèrent vers Les Cadeneaux et finirent - après moults virages et changements de direction et grâce au sens inné de l'orientation d'Ariel, fan devant l'éternel de Porcupine Tree - par arriver devant une grand salle, plus laide que la pochette du dernier CD de Christian Descamps et perdue sur un plateau plus pelé que le crâne du chanteur de Rose Tatoo, à droite d'un lotissement de "beaufs" sans doute moins sensibles à la musique qu'allait distiller ces lieux magiques, qu'à des abrutissements de crâne du genre "loft story" ou "lagaf".

L'ARRIVEE :

Eric a dû se dire un instant, en son for intérieur - alors qu'il suivait attentivement les conseils éclairés d'Ariel, : "Quand je pense qu'ils ont voté à 40 % pour Le Pen ! Les cons !"
Gaël, quant à lui, une goutte de sueur coulant sur son front d'éphèbe, se disait probablement : "J'espère qu'ils ne vont pas jouer du prog des années 70 ! Les cons !"
Et Mathieu, le regard dans le vide, pensait sans doute ceci : "Et dire que je vais être obligé d'écrire un compte rendu de ce concert ! Les cons !".
Ils garèrent alors leur voiture dans un parking qui rassura Eric, déjà échaudé par le vol de sa Peugeot 405 vendue par le regretté Maurice qui n'écoutait que les cd de... sa femme !
Et voilà. Une demi heure de route et finalement le Jas'Rod (anciennement Jas De Rod mais ayant été obligé d'enlever le "de" depuis que les privilèges ont été abolis).

Ils entrèrent alors, quelque peu excités, dans une sorte de cour goudronnée en légère pente.
Ariel a sûrement pensé en arrivant devant la salle : "Il est des lieux où souffle l'esprit."
Jean-Luc alias monsieur Codfert, alias le manager à la barbe fleurie, attendait derrière une barrière, l'enveloppe à la main. Mathieu s'en approcha, l'air de rien, pour un échange hors du commun. Un cd pirate, bootleg illégal fleurant bon les 20 ans de prison, contre - non pas une - mais deux places gratuites. Car Jean-Luc sait se montrer magnanime et ainsi corrompre le plus irréductible des chroniqueurs de la planète. Mathieu lui promis donc de lui rendre la pareille sous forme d'un beau t-shirt blanc frappé du logo Tears Of Metal et agrémenté de quelques tâches éparses d'un assaisonnement de salade. Car si Mathieu et Jean-Luc sont les seuls à porter des t-shirts blancs, le manager de Biomech Race aime se tâcher pour se différencier. Car c'est avant tout un rebelle.
Puis, nos quatre amis, découvrant l'endroit, virent arriver "deux" Jacques à la coiffure étrangement identique et rouge dans une minuscule voiture gominée (à moins que ce soit le contraire) : un Jacques grandeur nature et un autre à petite échelle. Le petit, c'était Guillaume qui venait assister à son premier concert. "Quelle chance il avait le bougre !" pensa ce vieux baroudeur d'Eric qui a tout écouté, même Grateful Dead et Peter Hammill.
Ce dernier (Eric pas Peter Hammill), se dirigea alors vers Mathieu, parlant toujours avec JL Codfert, tandis qu'Ariel cherchait à se procurer des places pour lui et Gaël.
Une fille - qui avait changé d'avis et préférait aller voir les L5 au Dôme - vendit les siennes à Jacques. Eric et Mathieu, soupçonneux, entamèrent donc le dialogue suivant avec la fille susdite :
Eric : Et pourquoi vous vendez vos billets ?
Fille : Parce qu'on ne peut pas venir.
Mathieu : Mais pourtant vous êtes ici, petite coquine. Comment donc ne pourriez-vous pas venir ?
Fille : En fait, on peut venir mais on doit repartir. On ne peut pas assister au festival.
Mathieu : Hmmm...
Mais le doute subsiste.
Eric présenta alors à un Guillaume respectueux, le rédacteur en chef de la revue "Les Purs", alias Ariel.
Mathieu discuta un moment avec les membres de Biomech Race, Pascal en tête, bientôt relayé (comme l'album de Yes) par son frère et Vinny.
De l'autre côté de la cour, ça vendait des merguez et autres saucisses en un étalage impressionant de fumée. Ça discutait à qui mieux mieux. Ça parlait de musique, bien sûr.
On se laissa aller à quelques plaisanteries. L'ambiance était excellente. Toutes les personnes attendaient dans la convivialité et même sereinement le moment de s'éclater. Il y avait peu de monde... mais de tout : des vieux (comme Ariel !) vêtus de t-shirts qui amusèrent un temps ce taquin de Gaël. Ça passait d'Iron Maiden à Marillion, puis Angra et même Grateful Dead, un groupe qu'Ariel n'a pas encore écouté ! Ça se baladait avec AC/DC sur la bedaine, et queue de cheval poivre et sel.
Bientôt, tout le monde pénétra dans la salle de concert. Gaël fit remarquer à Eric - qui propose, il faut que cela se sache, une dictée par semaine à ses élèves - qu'il y avait une faute d'orthographe sur un affichage et que cela était assez intolérable et devrait être signalé dans le compte-rendu et sans raison garder. Ariel déclara : "tu l'as dit bouffi !". Mais il y avait tellement de bruit que cela n'est pas très certain.

Dans la salle, une sono proposait élégamment un vieux (euphémisme) titre de Yes. Eric, très érudit mais à la mémoire chancelante, déclara que c'était un extrait de "Fragile". Mathieu s'exclama immédiatement qu'il s'agissait de Siberian Khatru et que confondre Fragile et Close To The Edge frolait l'insolence. Ariel, beaucoup plus jeune qu'Eric, donc moins sûr, confirma qu'il s'agissait bien de "Siberian Khatru". Gaël, que sa jeunesse excuse, proposa... Uriah Heep ! Jacques, pas encore décoiffé, déclara qu'il lui semblait que c'était du Yes ! Guillaume, avec la même coiffure que son père, restait silencieux.

Ils se dirigèrent alors un moment vers le stand de Musea où il y avait une quantité incommensurable de cd de rock progressif et des pochettes plus laides les unes que les autres. Ils regardèrent et en discutèrent un moment.
Puis ils retournèrent dans la salle. Cette fois-ci, la sono distillait un vieux cru de Ledzep. Ils s'assirent tandis que Mathieu et Eric discutaient avec JL Codfert qui commençait à craquer. Eric lui demanda s'il y avait des nouveautés dans le show de Biomech Race. Jean-Luc déclara qu'il y aurait une surprise (ce sera une belle cover de "fils de lumière" de Ange).
Puis tout commença, enfin !

LE CONCERT :

Le présentateur (un musicien du groupe Eclat), fit un petit commentaire sur le prog, son peu de succès, sa marginalité, les aides qu'ils avaient reçues, le plaisir de voir tant de monde, la qualité des intervenants... Mais comme il le dit lui-même, c'est dans la marge qu'on voit le maçon. Car le maçon travaille dans l'ombre bien qu'il soit toujours bronzé... puis Biomech Race attaqua son set !
Ce fut un grand moment et le groupe ravit l'assistance et surtout Jean-Luc qui, probablement sourd, se tenait collé aux baffles, la mine béate. Mathieu en sait quelque chose, Day AfterDay lui ayant arraché l'oreille gauche alors qu'il chantait à tue tête, le regard braqué sur la gratte de Seb.
Quand à Biomech Race, c'était six musiciens aux qualités indéniables. Servis cette fois par une sono à la hauteur - contrairement à celles de leurs précédentes prestations au Portail Coucou (Salon de Provence) et au Rockstore (Montpellier) très méprisantes envers leur jeune talent. Ils purent ainsi exprimer leur potentiel assez impressionnant chez des musiciens qui ont entre 18 et 25 ans.
Proposant un "métal" lyrique teinté de quelques touches un tantinet "prog", Biomech Race offrit une musique à la fois personnelle et pertinente, fruit de différentes influences, fort bien assimilées, loin des relents et autres clichés.
Le batteur se démenait, bourré de feeling, le claviériste était très "classe" et maîtrisait parfaitement son sujet, le bassiste était impeccable et précis malgré son très jeune âge, le chanteur très inspiré, possédait une présence indéniable et se donna volontiers, toujours sincère et très proche (dans tous les sens du mot !) du public.
Quant aux deux guitaristes, leurs interventions en solo furent toujours lumineuses et "jouissives" !
"Vraiment, Biomech Race est un groupe d'avenir ! " pensa sûrement Eric. "Il serait dommage que par manque de moyens, ce groupe talentueux, généreux et communicatif ne subsiste plus que dans la mémoire de ceux qui ont la chance de l'écouter ce soir ! " soliloqua sans doute Ariel.

Set List :

Fils de lumières
Kairo
Wings Of Dead Paradise
Day... After Day
Medley

Le show une fois fini, Gaël déclara à Mathieu un "déjà ?" qui en disait long sur sa satisfaction. Déjà fan de Dream Theater, il l'était à présent de Biomech Race !
Puis, il y eut un léger entracte.
Tous les six sortirent de la salle et retrouvèrent Jean-Luc et les musiciens de Biomech Race pour discuter de musique, du show et de progressif.
Et étrangement, avec Biomech Race, le temps ne passe pas. La première poignée de main du 31 mai 2002 (entre Mathieu et Pascal) suit à la minute près l'au revoir du 29 avril 2001. Un an sans les voir et l'étrange impression de les avoir croisés la veille, l'avant-veille et le jour précédent. La seule véritable différence se trouve dans les cheveux de Kévin et Vinny. Le premier en a perdu et le second en a ajouté. Mais comment cela se fait-ce ? Comme le dirait le marquis de Sade.
Eh bien c'est difficile à expliquer. Ce concert, comme tous les autres, ne se limite pas à un passage sur scène. Il s'agit d'un ensemble qui commence bien avant la première note jouée et se termine bien après la dernière. La musique, c'est un fait, mais un concert, c'est bien plus que ça. Et tout ce qu'il y a autour, c'est convivial et on devient ami à tel point qu'on pourrait très bien se prêter 100 balles ou même partir à la montagne ensemble, c'est vous dire.
Enfin, Jean-Luc paraissait satisfait du show et parla aussi de Ange qu'il avait vus en concert. Il déclara : "Ils sont pas morts les bougres !" ou bien mes souvenirs me trompent.
Ariel discuta avec le batteur et le guitariste de Biomech Race. Ces derniers parlèrent de leurs influences. Ils étaient encore sous le coup de leur concert : stress et montée d'adrénaline !
Jacques se remémorait le temps joyeux où il soufflait allègrement dans sa trompette. Guillaume écoutait attentif, toujours gominé (malgré la brise) et souriant.
Gaël semblait ravi et Mathieu allait de l'un à l'autre glanant quelques infos. Ses oreilles furêtaient à droite et à gauche écoutant les différentes réactions, l'air de ne pas y faire attention. Il entendit même quelqu'un dire : "Tu ne peux pas dire du mal d'un album alors que le groupe a passé un an à le faire". Mathieu pensa probablement que cette personne était stupide et ajouta même "Si leur album est mauvais, ils auraient du y passer deux ans !" alors que devant lui, assise sur une barrière en ferraille, Magalie faisait tomber son briquet pour son plus grand désespoir. Et Mathieu, grand galant et immense dans sa grandeur, se contenta de sourire bêtement en haussant les épaules plutôt que de lui ramasser.

Puis le festival reprit et ce fut le tour de Mirage, un groupe de vieux de Marignane qui s'étaient reformés récemment.
Ils portaient un t-shirt noir sur lequel était écrit : "Camel "... of course !
Ils jouèrent une musique proche de celle du groupe susnommé mais trop copie carbone pour intéresser longtemps Gaël, Mathieu, Jacques et Eric qui bientôt, quittèrent l'un après l'autre la salle.
Seuls, ce ringard d'Ariel et le jeune Guillaume résistèrent.
Dehors, la nuit était tombée plus rapide qu'un solo du guitariste de Mirage et il commençait à faire plus frais qu'aux gorges de Régalon un 13 juin.
Eric déclara, peu tolérant, en parlant du groupe Mirage, que cette musique était un peu "datée" et peu pertinente et qu'elle ne pouvait à la rigueur intéresser que quelques vieux fans de prog !
C'est alors qu'arriva Ariel, le vieux fan de prog. Après le troisième morceau de Mirage, il avait craqué ! Guillaume l'accompagnait.
Et tout le monde se relança dans des discussions et des rires, le temps que Mirage finisse son concert.
Puis, ils rentrèrent à nouveau. La sono passait, en boucle du Yes, du Ledzep, du Ange. Eric et Mathieu parlèrent un temps avec la mère de Kevin de Biomech Race. Eric a dit en parlant de ce dernier : "il a du talent ! ". Nicole, ayant l'excuse de l'énervement, a pleuré son désarroi, elle qui voulait que son fils travaille à la NASA et sauve l'humanité en inventant le cyclotron atomique, comme toutes les mères. Alors que la musique, je vous le demande, quelle perte de temps ? Puisqu'il y est le Kévin, il a qu'à jouer du Bratisla Boys !!!

Puis, ils assistèrent au show de Tryo.
C'était, d'après le présentateur, des Chiliens que lui et son groupe avaient entendus lors d'une tournée dans ces contrées sud-américaines lointaines.
Après Biomech Race et sa musique à la fois virile, festive, conviviale et pêchue, Mirage avait apaisé (!) les esprits et Tryo "chloroforma" celui de nos six héros.
Leur musique semblait un peu incongrue dans ce contexte... et puis il se faisait tard, aussi, ils décidèrent après les premiers accords acoustiques des trois Chiliens de rejoindre leurs pénates istréennes et seynoises.
Jean-Luc fit remarquer à Mathieu qu'il ne verrait pas Lord Of Mushrooms mais il en était ainsi.
Ils se quittèrent à l'entrée, Jacques et son fils dans leur petite voiture rouge et les quatre mousquetaires dans leur Renault 21 qui appartenait au beau-père d'Eric qui ne sait même pas ce qu'est le rock progressif.

LE RETOUR :

Ils partirent alors vers Istres. Eric avait remis ses cassettes. On parla du concert, bien sûr puis Gaël critiqua un peu la musique, comme toujours.
Ensuite, ils disparurent dans la fraîche nuit de ce 31 mai qui restera à jamais dans leurs souvenirs…

Sur la cassettte passait "Helplessly Hoping".

They are one person
They are two alone
They are three together
They are for each other...

 

Co-écrit par Mathieu et un anonyme qui tient à le rester
© 30.06.2002, 14 h 12 et 5.07.2002 à 17h20

Le site officiel de Biomech Race