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Le Sud Progressif 2004

Festival Prog Sud
Jas Rod, 20 mai 2004

 

INTRODUCTION :

Tout à coup, Eric s'est senti une envie de concert : il a rêvé une ambiance folle, un rock en délire, des guitares flamboyantes, quelques synthés magiques et du prog inventif et jouissif. Il a dit à Mathieu qu'il aimerait bien aller ce jeudi au prog-sud.

Mathieu arrivait de son Languedoc. Entre deux fréquentations de salles obscures, il avait planché sur son recrutement des gens de mer du XVIIIème siècle, avait assisté dans un bar de Montpellier - craignant dégun -, à la finale de l'UEFA avec des Marseillais déchaînés, écharpe et canette de bière. Il avait déchanté après l'expulsion du chauve de l'OM et avait pesté contre Habib Beye. Après il avait contacté Jacques l'autre amateur de rock. Ce dernier assura Mathieu de sa présence le jeudi 20 mai au concert en compagnie de l'apprenti guitariste Guillaume.

Alors, Eric et Mathieu ont décidé de se rendre au Jas de Rod aux Pennes Mirabeau.

Eric, avait préparé une cassette pour la courte route : néo-prog à gogo, concert oblige, avec un chouïa de metal. Arena de The Visitor, une guimauve du Spock's Beard de Feel Euphoria, une cover de George Harrison du Spock's Beard susnommé, deux titres abordables, limite guimauve de Six Degrees Of Inner Turbulence de Dream Theater et quelques arpèges de Steve Wilson du Porcupine Tree première époque, période The Sky Moves Sideways.

Ils sont alors partis vers les 19 heures d'un jeudi de l'ascension terminant un joli mois de mai qui se prenait pour un été.

Après un court trajet émaillé d'autoroute et d'étang de Berre caressés par un soleil déclinant, ils sont vite arrivés au Jas de Rod.

En avance comme d'habitude, ils ont dû attendre l'arrivée de Jacques et Guillaume (pris dans un embouteillage) ainsi que le début du concert.

Ils marchèrent un moment devant la salle où se tenaient les organisateurs du festival et quelques spectateurs qui discutaient impatients.

Au bout de quelques instants, Mathieu aperçut le clavier d'Adagio, Kevin Codfert. Ils devisèrent un instant. Pris dans le nuage de fumée venu du barbecue, Mathieu lui demanda quand allait arriver son père. Kevin lui répondit qu'il ne saurait tarder. Eric voulut savoir si ça marchait bien pour eux. Kevin répondit que ça commençait.

Puis Kevin retourna sa préparer avec son groupe.

Mathieu déclara à Eric qu'il voulait retourner à la voiture pour ranger ses belles lunettes de soleil club med qui ne lui étaient plus d'aucune utilité.

Comme ils arrivaient au parking qui commençait à bien se remplir, ils virent Jean-Luc. Ils bavardèrent quelques instants. Parlèrent des groupes qui devaient se produire avant Adagio. Jean-Luc assura que Nemo était un bon groupe de heavy-prog. Eric demanda si c'était du "metal-prog". "Pas exactement" répondit Jean-Luc qui demanda à Mathieu quand il ferait sur son site la chronique du cd d'Adagio. Ce dernier, lui répondit qu'il avait d'autres chats à fouetter. mais cela importait peu à Jean-Luc car il savait en son for intérieur que les gens écouteraient encore Underworld dans 300 ans et qu'une chronique tardive resterait toujours d'actualité quoi qu'il arrive.

Kevin arriva soudain pour parler avec son père. De leur discussion, Eric et Mathieu n'entendirent que l'anecdote des badges Prog Sud. Kevin disait qu'il "fallait" tous les garder et les arborer fièrement en pendentif. Les participations aux concerts, c'est comme les médailles militaires, ça s'arbore avec fierté. Montrer qu'on a de l'expérience, ça ne se refuse pas. Biomech Race en 2002, Cymoryl en 2003, Adagio en 2004, nul ne sait avec quel groupe il reviendra au Prog Sud l'année prochaine.

Après Mathieu et Eric se mirent à attendre Jacques et Guillaume qui étaient en retard. Eric alla à l'entrée regarder sur l'affiche l'heure du début des hostilités. C'était à 20 h 30.

Il rejoignit Mathieu et attendirent. Ça commençait à se remplir.

Au bout de quelques minutes Jacques arriva enfin au volant de son bolide rouge qui n'est pas une Ferrari.

Ils discutèrent tous les quatre de leur tenue et de celles des gens. Eric trouva honteux que quelqu'un porte un tee-shirt de Pendragon. Mathieu, avec sa chemise à carreaux de paysan du sud américain profond, déclara qu'il n'était pas dans le ton question tenue. Eric affirma que l'année prochaine, il viendrait avec un t-shirt de Jean Ferrat. Mathieu rajouta : "Oui et avec les dates des concerts au dos ! Langogne le 12 février 2004 par -10°."

Puis ce fut l'heure.

A l'entrée Mathieu discuta un moment avec l'ancien guitariste du groupe Biomech Race.

Quelqu'un s'approcha de l'affiche de The Musical Box et déclara qu'il aurait préféré voir les originaux. Eric rétorqua que ce serait nettement plus intéressant que ces vulgaires clones.

Puis ils rentrèrent.

HOLY GRAAL :

Au bout de quelques minutes un présentateur fit le petit speech habituel. Il remercia en vrac la mairie, quelques sponsors, le conseil général et les spectateurs.

Puis présenta le premier groupe Holy Graal.

Leur show débuta dans l'obscurité. De la scène vide et sombre ne venait que quelques nappes de synthés qui durèrent une bonne minute pendant laquelle les musiciens arrivèrent et prirent possession de leurs instruments.

Il y avait un clavier, un guitariste, un bassiste chanteur, un batteur et une chanteuse choriste.

Ils firent un show plaisant dans un style assez metal-prog, proche d'un Queensrÿche qui aurait des velléités prog. Morceaux longs, breaks incessants, riffs de guitares constants. Mathieu pensa même parfois à feu Chandelier, le groupe teuton avec son guitariste spécialiste de la rythmique prog.

Le chanteur à la voix assez haute et la chanteuse assuraient pleinement. Le guitariste se laissait aller parfois à quelques beaux solos mais le reste du temps évoluait surtout en rythmique. Le clavier présent sans excès assurait correctement avec parfois quelques interventions au piano de bon goût en contrepoint des solos du guitariste.

Les morceaux longs souffraient parfois d'un manque de direction bien précis et surtout d'un sens affirmé de la mélodie. Mais l'énergie développée par le groupe et l'originalité de l'intervention de la chanteuse firent que le spectacle était intéressant malgré une sono peu avantageuse.

Finalement, entre quelques tics prog et un heavy pas bourrin, Holy Graal fit une correcte prestation.

Après il y eut un moment d'arrêt pour faire le changement de matériel.

Jacques et Guillaume partirent au bar. Mathieu rencontra quelques connaissances. Après un gratteux de Biomech Race, le batteur se montra ainsi que toute la petite famille Codfert. Quant à Eric, il alla au stand Musea.

NEMO :

Puis le spectacle reprit avec cette fois-ci le groupe Nemo.

Porté par son guitariste chanteur, ce groupe du Puy en Velay évolua dans un registre différent de Holy Graal. Plus prog que heavy, il dégagea une certaine énergie d'où émergeait quelques moments plus mélodiques. Mais prog oblige, il y avait des titres bien trop longs avec trop de changements de tempos.

Pourtant le guitariste offrit de beaux solos clairs et jouissifs. Il courrait dans la salle, passa entre les rangées de spectateurs tandis que le bassiste au look Grateful Dead années 60, restait imperturbable. Le batteur se démenait comme un beau diable. Le clavier debout tout le temps du show dut se battre avec un micro rebelle, eut du mal à jouer avec tous ces claviers mais donna toujours cette touche prog à une musique qui parfois partait vers d'autres horizons.

A la fin, le public heureux réclama un nouveau titre et ce fut un extrait de leur nouvel album qui sortira en… automne.

Puis heureux, Nemo quitta la scène après que leur bassiste chevelu bénisse la foule !

Pendant le deuxième intermède, Eric déclara qu'il allait acheter un cd au stand. Chose qui ne lui était plus arrivée depuis plus de dix ans ! Jacques se plaignait encore de la sono. Mathieu trouva encore quelqu'un à qui parler. Guillaume, l'apprenti guitariste était ravi. Il déclara : " Nemo, c'est sympa ! Moi j'aime ! "

ADAGIO :

Puis ce fut le tour d'Adagio.

Stephan Forté arriva en scène couvert d'une chemise blanche façon romantique fin XIXème siècle. Kevin Codfert trônait avec ses deux claviers. Le batteur était dans un coin derrière sa grosse batterie. Le bassiste aux cheveux longs (genre oblige) se tenait sobrement devant le batteur, une énorme basse beige entre les mains.

Si Holy Graal et Nemo avaient eu le bonheur d'avoir une sono passable voire médiocre avec une basse ronflante qui faisait vibrer les chaises et qui rendait certains passages insupportables, Adagio eut l'heureux privilège d'avoir les basses omniprésentes et le son trop fort. Les autres groupes jouent, Adagio tue, à eux le livre des records ! Le métal est une des rares musiques qui nécessite la surdité pour pouvoir être écoutée. D'ailleurs, Beethoven n'était-il pas fan de Metallica?

Dès le premier titre Jacques quitta la salle face à l'avalanche de décibels. Eric en fit de même au deuxième titre. Mathieu et Guillaume restèrent stoïques. Ils s'approchèrent même de la scène, comme la majorité du public.

Dehors Eric rejoignit Jacques. Il faisait frais.

Quelques spectateurs aux oreilles sensibles se tenaient près d'eux dans la nuit étoilée.

Une fille eut un malaise. Puis elle disparût dans la nuit avec son compagnon.

Au bout d'un moment Eric et Jacques retournèrent dans la salle.

Le batteur puis le bassiste firent de longs solos. Adagio joua une ballade. Stephan Forté montra sa belle maîtrise à la guitare acoustique. C'est d'ailleurs durant Promises (dans une sympathique version reggae) que se produisit l'étrange épisode de la rébellion de Mathieu. Lui qui fut de tout temps un adepte des grosses ambiances et de la parfaite communion des groupes avec leur public se sentit bien seul durant les premiers morceaux du concert.

En effet, un public amorphe (comme à Montpellier pour le concert... d'Adagio) fixait des yeux de zombies sur la scène, l'air de s'emmerder à 200 à l'heure. Si ce n'était Nicole, survoltée et trois pauvres fans, les autres jouaient les santons, sans doute trop occupés à compter les notes jouées par Frank Hermanny.

Durant la ballade, donc, seulement deux personnes tapaient des mains, Guillaume et Mathieu. Calés au quatrième rang, ils tentaient vaillamment de réveiller une foule endormie et qui, ne le cachons pas plus longtemps, faisait honte. D'autant qu'Adagio, groupe relativement côté, avait fait le déplacement jusqu'à un festival prog aux moyens forts modestes. Voilà donc comment ils étaient remerciés.

C'est ainsi que survint le drame. Alors que David Readman s'arrêtait un instant de chanter pour laisser Forté se fendre d'un petit solo, il tapa légèrement de sa main libre celle qui tenait le micro, battant la mesure comme le ferait n'importe quel être humain. Excédé par la morosité déplorable du public, Mathieu se mit alors à hurler "Oh mais tapez dans les mains !!" à l'intention des cadavres qui se tenaient devant lui. Le troisième rang se tourna alors pour le regarder avec des yeux vides, se demandant sans doute qui était cet imbécile qui osait les déranger dans leur quiétude.

Devant une telle interactivité, Mathieu lâcha un geste de dépit et quitta la salle. A l'entrée, il rencontra Eric et ne manqua pas de lui dire qu'il n'y avait que des cons dans le public. Seule Nicole, le sac à main en bandoullière, continuait à se dandiner de droite à gauche, levant les bras au ciel comme si elle s'était trouvée à Woodstock. Jean-Luc et quelques connaisseurs devaient également se cacher quelque part, loin de la masse endormie. Cette dernière, pour une grande majorité, se contenta de hausser le ton sur l'avant dernier morceau (Immigrant Song). Comme les chevaux qui accélèrent le pas lorsqu'ils sentent l'écurie, ces gens, sentant qu'il était bientôt l'heure de rentrer chez eux, se sentirent euphoriques.

Pour les remercier, Adagio joua une dernière chanson et s'éclipsa. Quid du rappel ? Rien du tout. Après le dernier titre, le public pratiquement sur scène réclama longtemps dans le noir un retour du groupe. Ce fut peine perdue. Ça leur apprendra.

Ce triste épisode mis à part, Adagio déploya encore une fois une rare virtuosité et même si, la set list faite de morceaux majoritairement rentre-dedans rendit le concert assez uniforme (Mathieu, qui pourtant possède les deux albums du groupe, avoua même avoir confondu la plupart des titres) Adagio demeura efficace. Dommage qu'à deux reprises, le public ne lui fit pas écho. Il fut malheureux également que David Readman, aussi sympathique et charismatique soit-il, se retrouva obligé de converser en anglais avec un public français alors que les francophones sont loin de manquer dans le groupe.

Le concert touchant à sa fin, Jacques voulut alors partir car le lendemain matin Guillaume avait classe !

Le spectacle fut alors terminé.

Eric et Mathieu quittèrent la salle. Un jeune fan leur passa alors à côté, vêtu d'un t-shirt Marylin Manson, et se plaignit que les gens ne sautaient même pas. Jean-Luc se montra ensuite et déclara à Mathieu qu'il allait faire une interview de son fils pour son site…. Quand il en aurait un !

Eric et Mathieu rejoignirent alors leur voiture. Puis ils partirent dans la nuit noire direction Istres la tête pleine de décibels bercés par la guimauve de Spock's beard que diffusait l'auto-radio :

Listen to the whisper of the rain
Voices in the mist, beyond your window
And you remember
...

 

Co-écrit par Mathieu et un anonyme qui continue à vouloir le rester
© 22.05.2004