
INTRODUCTION
:
Tout à coup, Eric s'est senti
une envie de concert : il a rêvé
une ambiance folle, un rock en délire,
des guitares flamboyantes, quelques synthés
magiques et du prog inventif et jouissif. Il a
dit à Mathieu qu'il aimerait bien aller
ce jeudi au prog-sud.
Mathieu arrivait de son Languedoc.
Entre deux fréquentations de salles obscures,
il avait planché sur son recrutement des
gens de mer du XVIIIème siècle,
avait assisté dans un bar de Montpellier
- craignant dégun -, à la finale
de l'UEFA avec des Marseillais déchaînés,
écharpe et canette de bière. Il
avait déchanté après l'expulsion
du chauve de l'OM et avait pesté contre
Habib Beye. Après il avait contacté
Jacques l'autre amateur de rock. Ce dernier assura
Mathieu de sa présence le jeudi 20 mai
au concert en compagnie de l'apprenti guitariste
Guillaume.
Alors, Eric et Mathieu ont décidé
de se rendre au Jas de Rod aux Pennes Mirabeau.
Eric, avait préparé
une cassette pour la courte route : néo-prog
à gogo, concert oblige, avec un chouïa
de metal. Arena de The Visitor, une guimauve du
Spock's Beard de Feel Euphoria, une cover de George
Harrison du Spock's Beard susnommé, deux
titres abordables, limite guimauve de Six Degrees
Of Inner Turbulence de Dream Theater et quelques
arpèges de Steve Wilson du Porcupine Tree
première époque, période
The Sky Moves Sideways.
Ils sont alors partis vers les 19
heures d'un jeudi de l'ascension terminant un
joli mois de mai qui se prenait pour un été.
Après un court trajet émaillé
d'autoroute et d'étang de Berre caressés
par un soleil déclinant, ils sont vite
arrivés au Jas de Rod.
En avance comme d'habitude, ils
ont dû attendre l'arrivée de Jacques
et Guillaume (pris dans un embouteillage) ainsi
que le début du concert.
Ils marchèrent un moment
devant la salle où se tenaient les organisateurs
du festival et quelques spectateurs qui discutaient
impatients.
Au bout de quelques instants, Mathieu
aperçut le clavier d'Adagio, Kevin Codfert.
Ils devisèrent un instant. Pris dans le
nuage de fumée venu du barbecue, Mathieu
lui demanda quand allait arriver son père.
Kevin lui répondit qu'il ne saurait tarder.
Eric voulut savoir si ça marchait bien
pour eux. Kevin répondit que ça
commençait.
Puis Kevin retourna sa préparer
avec son groupe.
Mathieu déclara à
Eric qu'il voulait retourner à la voiture
pour ranger ses belles lunettes de soleil club
med qui ne lui étaient plus d'aucune utilité.
Comme ils arrivaient au parking
qui commençait à bien se remplir,
ils virent Jean-Luc. Ils bavardèrent quelques
instants. Parlèrent des groupes qui devaient
se produire avant Adagio. Jean-Luc assura que
Nemo était un bon groupe de heavy-prog.
Eric demanda si c'était du "metal-prog".
"Pas exactement" répondit Jean-Luc
qui demanda à Mathieu quand il ferait sur
son site la chronique du cd d'Adagio. Ce dernier,
lui répondit qu'il avait d'autres chats
à fouetter. mais cela importait peu à
Jean-Luc car il savait en son for intérieur
que les gens écouteraient encore Underworld
dans 300 ans et qu'une chronique tardive resterait
toujours d'actualité quoi qu'il arrive.
Kevin arriva soudain pour parler
avec son père. De leur discussion, Eric
et Mathieu n'entendirent que l'anecdote des badges
Prog Sud. Kevin disait qu'il "fallait"
tous les garder et les arborer fièrement
en pendentif. Les participations aux concerts,
c'est comme les médailles militaires, ça
s'arbore avec fierté. Montrer qu'on a de
l'expérience, ça ne se refuse pas.
Biomech Race en 2002, Cymoryl en 2003, Adagio
en 2004, nul ne sait avec quel groupe il reviendra
au Prog Sud l'année prochaine.
Après Mathieu et Eric se
mirent à attendre Jacques et Guillaume
qui étaient en retard. Eric alla à
l'entrée regarder sur l'affiche l'heure
du début des hostilités. C'était
à 20 h 30.
Il rejoignit Mathieu et attendirent.
Ça commençait à se remplir.
Au bout de quelques minutes Jacques
arriva enfin au volant de son bolide rouge qui
n'est pas une Ferrari.
Ils discutèrent tous les
quatre de leur tenue et de celles des gens. Eric
trouva honteux que quelqu'un porte un tee-shirt
de Pendragon. Mathieu, avec sa chemise à
carreaux de paysan du sud américain profond,
déclara qu'il n'était pas dans le
ton question tenue. Eric affirma que l'année
prochaine, il viendrait avec un t-shirt de Jean
Ferrat. Mathieu rajouta : "Oui et avec les
dates des concerts au dos ! Langogne le 12 février
2004 par -10°."
Puis ce fut l'heure.
A l'entrée Mathieu discuta
un moment avec l'ancien guitariste du groupe Biomech
Race.
Quelqu'un s'approcha de l'affiche
de The Musical Box et déclara qu'il aurait
préféré voir les originaux.
Eric rétorqua que ce serait nettement plus
intéressant que ces vulgaires clones.
Puis ils rentrèrent.
HOLY
GRAAL :
Au bout de quelques minutes un présentateur
fit le petit speech habituel. Il remercia en vrac
la mairie, quelques sponsors, le conseil général
et les spectateurs.
Puis présenta le premier
groupe Holy Graal.
Leur show débuta dans l'obscurité.
De la scène vide et sombre ne venait que
quelques nappes de synthés qui durèrent
une bonne minute pendant laquelle les musiciens
arrivèrent et prirent possession de leurs
instruments.
Il y avait un clavier, un guitariste,
un bassiste chanteur, un batteur et une chanteuse
choriste.
Ils firent un show plaisant dans
un style assez metal-prog, proche d'un Queensrÿche
qui aurait des velléités prog. Morceaux
longs, breaks incessants, riffs de guitares constants.
Mathieu pensa même parfois à feu
Chandelier, le groupe teuton avec son guitariste
spécialiste de la rythmique prog.
Le chanteur à la voix assez
haute et la chanteuse assuraient pleinement. Le
guitariste se laissait aller parfois à
quelques beaux solos mais le reste du temps évoluait
surtout en rythmique. Le clavier présent
sans excès assurait correctement avec parfois
quelques interventions au piano de bon goût
en contrepoint des solos du guitariste.
Les morceaux longs souffraient parfois
d'un manque de direction bien précis et
surtout d'un sens affirmé de la mélodie.
Mais l'énergie développée
par le groupe et l'originalité de l'intervention
de la chanteuse firent que le spectacle était
intéressant malgré une sono peu
avantageuse.
Finalement, entre quelques tics
prog et un heavy pas bourrin, Holy Graal fit une
correcte prestation.
Après il y eut un moment
d'arrêt pour faire le changement de matériel.
Jacques et Guillaume partirent au
bar. Mathieu rencontra quelques connaissances.
Après un gratteux de Biomech Race, le batteur
se montra ainsi que toute la petite famille Codfert.
Quant à Eric, il alla au stand Musea.
NEMO
:
Puis le spectacle reprit avec cette
fois-ci le groupe Nemo.
Porté par son guitariste
chanteur, ce groupe du Puy en Velay évolua
dans un registre différent de Holy Graal.
Plus prog que heavy, il dégagea une certaine
énergie d'où émergeait quelques
moments plus mélodiques. Mais prog oblige,
il y avait des titres bien trop longs avec trop
de changements de tempos.
Pourtant le guitariste offrit de
beaux solos clairs et jouissifs. Il courrait dans
la salle, passa entre les rangées de spectateurs
tandis que le bassiste au look Grateful Dead années
60, restait imperturbable. Le batteur se démenait
comme un beau diable. Le clavier debout tout le
temps du show dut se battre avec un micro rebelle,
eut du mal à jouer avec tous ces claviers
mais donna toujours cette touche prog à
une musique qui parfois partait vers d'autres
horizons.
A la fin, le public heureux réclama
un nouveau titre et ce fut un extrait de leur
nouvel album qui sortira en
automne.
Puis heureux, Nemo quitta la scène
après que leur bassiste chevelu bénisse
la foule !
Pendant le deuxième intermède,
Eric déclara qu'il allait acheter un cd
au stand. Chose qui ne lui était plus arrivée
depuis plus de dix ans ! Jacques se plaignait
encore de la sono. Mathieu trouva encore quelqu'un
à qui parler. Guillaume, l'apprenti guitariste
était ravi. Il déclara : "
Nemo, c'est sympa ! Moi j'aime ! "
ADAGIO
:
Puis ce fut le tour d'Adagio.
Stephan Forté arriva en scène
couvert d'une chemise blanche façon romantique
fin XIXème siècle. Kevin Codfert
trônait avec ses deux claviers. Le batteur
était dans un coin derrière sa grosse
batterie. Le bassiste aux cheveux longs (genre
oblige) se tenait sobrement devant le batteur,
une énorme basse beige entre les mains.
Si Holy Graal et Nemo avaient eu
le bonheur d'avoir une sono passable voire médiocre
avec une basse ronflante qui faisait vibrer les
chaises et qui rendait certains passages insupportables,
Adagio eut l'heureux privilège d'avoir
les basses omniprésentes et le son trop
fort. Les autres groupes jouent, Adagio tue, à
eux le livre des records ! Le métal est
une des rares musiques qui nécessite la
surdité pour pouvoir être écoutée.
D'ailleurs, Beethoven n'était-il pas fan
de Metallica?
Dès le premier titre Jacques
quitta la salle face à l'avalanche de décibels.
Eric en fit de même au deuxième titre.
Mathieu et Guillaume restèrent stoïques.
Ils s'approchèrent même de la scène,
comme la majorité du public.
Dehors Eric rejoignit Jacques. Il
faisait frais.
Quelques spectateurs aux oreilles
sensibles se tenaient près d'eux dans la
nuit étoilée.
Une fille eut un malaise. Puis elle
disparût dans la nuit avec son compagnon.
Au bout d'un moment Eric et Jacques
retournèrent dans la salle.
Le batteur puis le bassiste firent
de longs solos. Adagio joua une ballade. Stephan
Forté montra sa belle maîtrise à
la guitare acoustique. C'est d'ailleurs durant
Promises (dans une sympathique version reggae)
que se produisit l'étrange épisode
de la rébellion de Mathieu. Lui qui fut
de tout temps un adepte des grosses ambiances
et de la parfaite communion des groupes avec leur
public se sentit bien seul durant les premiers
morceaux du concert.
En effet, un public amorphe (comme
à Montpellier pour le concert... d'Adagio)
fixait des yeux de zombies sur la scène,
l'air de s'emmerder à 200 à l'heure.
Si ce n'était Nicole, survoltée
et trois pauvres fans, les autres jouaient les
santons, sans doute trop occupés à
compter les notes jouées par Frank Hermanny.
Durant la ballade, donc, seulement
deux personnes tapaient des mains, Guillaume et
Mathieu. Calés au quatrième rang,
ils tentaient vaillamment de réveiller
une foule endormie et qui, ne le cachons pas plus
longtemps, faisait honte. D'autant qu'Adagio,
groupe relativement côté, avait fait
le déplacement jusqu'à un festival
prog aux moyens forts modestes. Voilà donc
comment ils étaient remerciés.
C'est ainsi que survint le drame.
Alors que David Readman s'arrêtait un instant
de chanter pour laisser Forté se fendre
d'un petit solo, il tapa légèrement
de sa main libre celle qui tenait le micro, battant
la mesure comme le ferait n'importe quel être
humain. Excédé par la morosité
déplorable du public, Mathieu se mit alors
à hurler "Oh mais tapez dans les mains
!!" à l'intention des cadavres qui
se tenaient devant lui. Le troisième rang
se tourna alors pour le regarder avec des yeux
vides, se demandant sans doute qui était
cet imbécile qui osait les déranger
dans leur quiétude.
Devant une telle interactivité,
Mathieu lâcha un geste de dépit et
quitta la salle. A l'entrée, il rencontra
Eric et ne manqua pas de lui dire qu'il n'y avait
que des cons dans le public. Seule Nicole, le
sac à main en bandoullière, continuait
à se dandiner de droite à gauche,
levant les bras au ciel comme si elle s'était
trouvée à Woodstock. Jean-Luc et
quelques connaisseurs devaient également
se cacher quelque part, loin de la masse endormie.
Cette dernière, pour une grande majorité,
se contenta de hausser le ton sur l'avant dernier
morceau (Immigrant Song). Comme les chevaux qui
accélèrent le pas lorsqu'ils sentent
l'écurie, ces gens, sentant qu'il était
bientôt l'heure de rentrer chez eux, se
sentirent euphoriques.
Pour les remercier, Adagio joua
une dernière chanson et s'éclipsa.
Quid du rappel ? Rien du tout. Après le
dernier titre, le public pratiquement sur scène
réclama longtemps dans le noir un retour
du groupe. Ce fut peine perdue. Ça leur
apprendra.
Ce triste épisode mis à
part, Adagio déploya encore une fois une
rare virtuosité et même si, la set
list faite de morceaux majoritairement rentre-dedans
rendit le concert assez uniforme (Mathieu, qui
pourtant possède les deux albums du groupe,
avoua même avoir confondu la plupart des
titres) Adagio demeura efficace. Dommage qu'à
deux reprises, le public ne lui fit pas écho.
Il fut malheureux également que David Readman,
aussi sympathique et charismatique soit-il, se
retrouva obligé de converser en anglais
avec un public français alors que les francophones
sont loin de manquer dans le groupe.
Le concert touchant à sa
fin, Jacques voulut alors partir car le lendemain
matin Guillaume avait classe !
Le spectacle fut alors terminé.
Eric et Mathieu quittèrent
la salle. Un jeune fan leur passa alors à
côté, vêtu d'un t-shirt Marylin
Manson, et se plaignit que les gens ne sautaient
même pas. Jean-Luc se montra ensuite et
déclara à Mathieu qu'il allait faire
une interview de son fils pour son site
.
Quand il en aurait un !
Eric et Mathieu rejoignirent alors
leur voiture. Puis ils partirent dans la nuit
noire direction Istres la tête pleine de
décibels bercés par la guimauve
de Spock's beard que diffusait l'auto-radio :
Listen to the whisper of the
rain
Voices in the mist, beyond your window
And you remember...
Co-écrit
par Mathieu et un anonyme qui continue à
vouloir le rester
©
22.05.2004